Hommage au baryton français Robert Massard (1925-2025)

Au festival
vendredi9janvier 2026

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Le monde de l’opéra français pleure la disparition de l’un de ses plus illustres artistes : le baryton Robert Massard, décédé le 26 décembre 2025 à l’âge de 100 ans. Né le 15 août 1925 à Pau d’une famille modeste, il embrassa une carrière lyrique qui allait faire de lui une figure majeure du chant français de l’après-guerre. Parallèlement à sa carrière parisienne et internationale, il fut un invité régulier du Festival d’Aix-en-Provence, auquel il demeura étroitement associé pendant plus d’une décennie décisive, contribuant à faire de celui-ci l’un des hauts lieux de l’opéra en Europe.

Issu d’un milieu non musical – il fut mécanicien automobile dans sa jeunesse –, Robert Massard se fit rapidement remarquer pour la qualité de son timbre, la solidité de sa technique et l’élégance naturelle de son style. Après des débuts prometteurs, il entra à l’Opéra de Paris en 1952, où il mena l’essentiel de sa carrière, tout en se produisant sur de nombreuses scènes françaises et internationales. Dès cette période, il fut également invité au Festival d’Aix-en-Provence, alors en pleine affirmation artistique.

Sa première participation au Festival eut lieu en 1952 dans Iphigénie en Tauride de Gluck (rôle de Thoas), sous la direction de Carlo Maria Giulini et dans une mise en scène de Jean Doat, avec les décors et costumes d’André Masson. Cette production, emblématique des premières années d’Aix, associait exigence musicale et ambition esthétique, et s’inscrivait pleinement dans l’esprit d’un Festival en plein essor.

Il revint à Aix en 1961 pour Le Couronnement de Poppée de Monteverdi (rôle de Néron), dirigé par Bruno Bartoletti, dans une mise en scène de Michel Crochot, avec les décors et costumes de Suzanne Lalique. Il participa ainsi à l’une des entreprises marquantes du Festival en faveur du répertoire baroque, à une époque où celui-ci retrouvait progressivement sa place sur les grandes scènes lyriques.

En 1962, il prit part à la création aixoise des Malheurs d’Orphée de l’enfant du pays Darius Milhaud (rôle-titre) sous la direction de Pierre Dervaux, dans une mise en scène de Jean-Denis Malclès, contribuant à la défense de la musique française contemporaine, autre axe essentiel de la programmation du Festival.

En 1964, il prend part à la reprise du Couronnement de Poppée ainsi qu’à une exécution de L’Enfance du Christ de Berlioz donnée à la Cathédrale Saint-Sauveur, avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire sous la direction de Jacques Houtmann.

Parallèlement à ces engagements aixois, Robert Massard s’imposa comme l’un des grands barytons français du XX siècle, particulièrement célébré pour ses incarnations de Valentin (Faust), Zurga (Les Pêcheurs de perles), Escamillo (Carmen) ou Athanaël (Thaïs). Sa diction exemplaire, son sens du texte et la sobriété expressive de son chant firent de lui un interprète particulièrement respecté, tant sur scène qu’au disque.

Après avoir quitté la scène au milieu des années 1980, il se consacra à la transmission de son art comme pédagogue et juré de concours internationaux. Homme discret, exigeant et profondément attaché à la tradition du chant français, il laissa une empreinte durable sur plusieurs générations de chanteurs.

Robert Massard restera dans la mémoire lyrique comme un artiste d’une grande probité musicale, dont la carrière fut étroitement liée aux institutions majeures de l’opéra en France, parmi lesquelles le Festival d’Aix-en-Provence, où il contribua, à travers des productions marquantes, à l’affirmation d’un idéal artistique fondé sur la rigueur, la curiosité et l’excellence.

L’incoronazione di Poppea, Festival d’Aix-en-Provence 1961 © Jean Bouville, Ville d’Aix-en-Provence

L’incoronazione di Poppea, Festival d’Aix-en-Provence 1961
© Jean Bouville, Ville d’Aix-en-Provence