Programme 2020

Le Festival d’Aix est entré de plain-pied dans une nouvelle ère, sans renoncer aux fondamentaux qui forment le socle de son succès depuis plus de soixante-dix ans. L’engouement public et critique international suscité par notre dernière édition, portée par des personnalités artistiques majeures réunies autour de projets aussi singuliers qu’innovants, nous encourage à poursuivre dans cette voie.

Forte de cette dynamique, l’édition 2020 du Festival d’Aix explore un vaste répertoire, allant des prémices monteverdiennes de l’opéra baroque aux œuvres contemporaines du cycle INCISES – dominé par la création mondiale du nouvel opéra de Kaija Saariaho, Innocence –, en passant par le dernier opus de la trilogie Mozart-Da Ponte et deux œuvres phares du XXe siècle : Le Coq d’or de Nicolaï Rimski-Korsakov et Wozzeck d'Alban Berg.

S’il fallait résumer en quelques mots cette programmation, on pourrait le faire ainsi : deux officiers napolitains qui s’amusent à échanger leur fiancée pour les tester, une jeune mère qui meurt sous les coups jaloux d’un soldat brisé, l’ascension émancipatrice d’une intrigante politique romaine, un mariage hanté par les ombres d’un drame, une satire de l’autoritarisme et de la soumission née d’une révolution sanglante… Tous les opéras programmés cet été trouvent leur origine dans un fait-divers ou un épisode historique. Ils nous rappellent que l’art répond à une nécessité : transcender la banalité du réel pour atteindre le sublime et s’élever vers l’universel. Chacun d’eux met en scène des individus aux agissements discutables, qui se révèlent être les marionnettes d’une machine infernale les poussant inéluctablement vers leur destin, pour le meilleur et pour le pire. Chacune de ces œuvres renvoie, à sa manière, à une même question existentielle : dans ce grand jeu de dupes qu’est la vie, où s’arrête l’innocence et où commence la culpabilité ?

Pour tenter d’y répondre, le Festival peut compter sur une pléiade d’artistes très demandés, notamment Sir Simon Rattle et le London Symphony Orchestra – qui signent leur grand retour en résidence au Festival –, les metteurs en scène Dmitri Tcherniakov, Simon McBurney et Ted Huffman, les chefs Raphäel Pichon et Leonardo García Alarcón ainsi que ceux qui font cette année leurs débuts aixois : Simon Stone, Barrie Kosky, Susanna Mälkki, Thomas Hengelbrock et son ensemble Balthasar Neumann.

Une importante offre de concerts symphoniques et chambristes vient enrichir la programmation d’opéra. Parmi eux, une série de récitals proposés par des chanteurs parmi les plus acclamés dans leur discipline : notamment le contre-ténor Jakub Józef Orliński, la soprano Sabine Devieilhe et le baryton Christian Gerhaher, digne successeur de Dietrich Fischer-Dieskau et interprète du rôle-titre de Wozzeck.

D'autres propositions complètent ce programme, les manifestations de l’Académie et d’Aix en juin – désormais totalement gratuites –, les performances urbaines d’Opéra de-ci de-là, le concert Parade[s] sur le cours Mirabeau dirigé par Sir Simon Rattle avec un programme Gershwin, ainsi que par l’arrivée de Duncan Ward comme directeur musical de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée.

Cette édition est également marquée par la construction d’un nouveau pont entre l’opéra et les arts visuels grâce à une collaboration inédite avec la Fondation LUMA à Arles autour de Karlheinz Stockhausen et le Château La Coste avec Pascal Dusapin dont je souhaite personnellement remercier les dirigeants.

Je me réjouis de vous accueillir cet été à Aix-en-Provence et j’espère que vous profiterez pleinement de chaque facette offerte par cette programmation qui reflète la richesse de notre institution, résolument tournée vers le futur, portée par des initiatives pilotes en matière d’éducation et de dialogue interculturel, ainsi que par la présentation de spectacles audacieux. Mes remerciements vont à nos coproducteurs, disséminés à travers le monde, qui nous renouvellent leur confiance depuis plusieurs années.

Le Festival fêtera ses soixante-quinze ans en 2023. Sa mission première est de célébrer la vitalité de l’opéra, cet art qui invite à la discussion, à l’introspection et qui doit porter un message et un espoir de renouveau culturel.

En guise de conclusion, je souhaite remercier chaleureusement les cinq principales entités publiques qui nous accompagnent, ainsi que nos nombreux partenaires – des entreprises régionales aux fondations européennes en passant par les groupes nationaux et internationaux – ainsi que nos mécènes individuels, dont le nombre grandissant nous permet d’accroître et consolider nos aspirations.

Bon Festival 2020 !

Pierre Audi
Directeur général