Programme 2017

Deux anniversaires et un Festival aux résonances très actuelles

Deux thèmes traversent la 70e édition du Festival d’Aix-en-Provence : le sentiment amoureux d’une part, et d’autre part la relation au passé sous toutes ses formes, mythologiques, historiques, archéologiques…

Dès l’origine, l’opéra s’est tourné vers les mythes antiques - Orphée, Ariane, Didon, les récits de la guerre de Troie… - non par souci passéiste, mais parce que ces récits immémoriaux continuaient à parler aux êtres humains des temps modernes. De la même manière que le chant est un moyen « détourné », sublime, de dire le réel et de décrire les passions humaines, les mythes offrent un réservoir inépuisable de récits qui, venant de temps immémoriaux, nous atteignent de plein fouet, avec toute la violence des situations paroxystiques, des destins contrariés, des conflits insolubles, des passions les plus aiguës.

Les amours à l’opéra sont rarement des fleuves tranquilles : on ne peut qu’être frappé par la force et la diversité des figures féminines qui traversent cette édition, de l’archétype de la femme abandonnée (Didon) ou perdue (Eurydice, Layla), à l’incarnation de la fidélité (Ariane) ou de l’amour libre (Zerbinetta). L’Ange de feu nous révèle une héroïne fascinante, fragile et insaisissable, qui, dans le cadre de l'Allemagne de la Renaissance, se voit condamnée pour sorcellerie ; Seven Stones suit le parcours éperdu d’un homme coupable du meurtre de la femme qu’il aimait, un homme à la recherche du pardon. Seul Mozart parvient à réconcilier le féminin et le masculin dans La Flûte enchantée, mais à l’intérieur d’un univers dominé par le patriarcat... Dans le cadre du débat actuel sur la place faite aux femmes dans notre société, il ne sera pas inutile d’interroger le cadre social, idéologique et philosophique qui a vu naître ces œuvres d’art et qui a contribué à diffuser largement ce point de vue essentiellement masculin sur la féminité.

Cette année 2018 nous permet aussi de célébrer les vingt ans de notre Académie. Ce sera l’occasion de retrouver bien des artistes qui sont passés par l’Académie : les générations successives ont fini par créer comme une « grande famille » dont les membres ont plaisir à se retrouver ici et là. L’Académie a profondément transformé le Festival : sans rien perdre de sa vocation initiale, celui-ci s’est ainsi enrichi, rajeuni, diversifié, il est devenu un pôle incontournable de la création lyrique, il a ainsi pu accueillir, former et accompagner des dizaines de créateurs et créatrices et des centaines de jeunes interprètes.

Parallèlement, l’Académie a participé au développement des activités de Passerelles, notre département éducatif et socio-artistique qui a su depuis 2007 développer actions de médiation et créations participatives en partenariat avec des centaines d’écoles et d’associations, avec des milliers de jeunes et d’adultes de toute origine.

À cet égard, Orfeo & Majnun constitue sans doute l’aboutissement de ces axes de travail qui n’ont cessé de nous porter au cours de ces années : création, participation, dialogue interculturel, coopération européenne… Ce projet ambitieux qui associe parade urbaine et opéra en plein air aura galvanisé les énergies de centaines et de milliers de personnes participantes, amateur·trices et professionnel·les, dans le cadre festif et collégial de Marseille Provence 2018 et de sa thématique « Quel Amour ! ».

À toutes celles et tous ceux qui nous ont accompagnés et soutenus tout au long de ces années, responsables politiques, mécènes, spectateurs et spectatrices, je voudrais dire un immense MERCI !

Bernard Foccroulle
Directeur général