Louis Langrée dans la fosse d'orchestre du Théâtre de l'Archevêché avec le Freiburger Barockorchester
Patrick Berger / Artcomart

Vie d’orchestre : le FBO au Festival d’Aix

Mardi 5 juillet 2016

Pour leur troisième et dernière année de résidence au Festival d’Aix, les musiciens du Freiburger Barockorchester mettent les sonorités de leurs instruments d’époque au service de Così fan tutte de Mozart, l’opéra le plus joué de toute l’histoire du Festival, dans son décor le plus emblématique : le Théâtre de l’Archevêché. À quelques jours de la première, les instrumentistes évoquent cette expérience unique, depuis l’atmosphère aixoise jusqu’au travail avec le chef d’orchestre Louis Langrée…

Visages souriants, raclements de chaise, accords de piano : dans la courte pause que s’accordent les musiciens entre deux temps de répétitions, l’atmosphère est aussi vibrante que détendue. Un signe qui ne trompe pas, et reflète bien la collaboration harmonieuse entre le chef et l’orchestre, dans un répertoire dont l’un comme l’autre ont fait leur spécialité : « Louis connaît particulièrement bien Mozart » remarque Lorenzo Coppola, clarinettiste. « Il travaille en profondeur chaque nuance, chaque couleur, pour chaque instrument ; c’est vraiment un travail très précis qu’il effectue avec chacun d’entre nous – du sur-mesure pour ainsi dire ! Nous découvrons beaucoup de subtilités de cette partition, même si nous l’avons bien sûr déjà jouée avant. » Les chanteurs sont eux aussi invités à profiter de cette collaboration fructueuse, où le rôle central des instrumentistes est reconnu jusque dans l’accompagnement individuel des voix : « dans la partition, il y a de nombreux moments où un instrument va entrer en écho avec une voix ; pour ces parties-là, Louis demande aux chanteurs de venir se placer au milieu de nous, près de ce ou ces instruments. »

Autant d’échanges qui ne font que renforcer la cohésion de tous les musiciens, de la fosse à la scène, et contribuent à la bonne ambiance de travail. « Avec Louis, les choses ne vont pas dans un seul sens », remarque Charlie Fischer, timbaliste. « Ce n’est pas un chef dirigiste, comme on peut parfois en faire l’expérience : il est très à l’écoute de nos propositions, et nous demande souvent ce que nous pensons de telle ou telle idée musicale. Cela nous donne vraiment le sentiment de faire partie du processus, d’être intégrés à un travail collectif. » Pas étonnant que cette approche collaborative trouve un écho tout particulier chez un orchestre tel que le FBO, dont la spécificité tient justement à un mode de gouvernance atypique, sans chef attitré, les premiers violons assumant eux-mêmes le rôle de directeurs musicaux auprès des autres instrumentistes… « Ce n’est pas souvent que nous pouvons avoir un tel sentiment de proximité avec un chef. En ceci, il a vraiment compris l’esprit du Freiburger Barockorchester ! »

De la musique avant toute chose… ce qui n’exclut pas le plaisir de l’expérience aixoise. Pour Petra Müllejans, premier violon, « être à Aix-en-Provence, chaque année depuis trois ans, c’est une expérience formidable autant pour la musique que pour le plaisir. » Et Lorenzo Coppola de renchérir : « c’est comme ça que nous devrions toujours faire de la musique ! Nous sommes un ensemble de musique ancienne, et ici, nous sommes justement dans le cadre idéal : le meilleur qu’une ville ancienne puisse donner à voir. » L’enthousiasme des uns et des autres se teinte bien entendu d’une certaine tristesse, en pensant que cette année est la dernière de la résidence du Freiburger Barockorchester au Festival d’Aix… Mais, reconnaît Petra Müllejans « c’est une bonne chose pour un festival de ne pas toujours travailler avec les mêmes ensembles. Et la réciproque est vraie ! Sinon, après quelques années, le risque est de prendre les choses pour acquises, et que l’enchantement ne soit peut-être plus le même. Il faut qu’il y ait du mouvement, de la vie ! »

Vie et mouvement : deux mots dont il est fort à parier qu’ils seront on ne peut mieux assortis à ce Così fan tutte !