UN DÉCOR “DURABLE” POUR ALCINA

Mercredi 1 avril 2015

La conscience écologique se généralise dans toute la société, et le monde du spectacle ne fait pas exception à la règle. Mais comment concilier excellence dans la créativité et développement durable ? Chloe Lamford, jeune scénographe britannique qui signe cette année le décor d’Alcina, évoque son expérience de l’ « éco-conception » auprès des équipes de construction de décors du Festival d’Aix-en-Provence. Une démarche en plein essor, pour bâtir un futur « durable » de l’opéra…

Comment avez-vous été familiarisée à l’« éco-conception » de décors?

C.L : Je travaille principalement à Londres, où il y a un débat assez important dans le milieu du spectacle sur ce qu’il faudrait faire des décors usagés, et de manière générale sur le gaspillage au théâtre et à l’opéra – sur la manière dont on fabrique les décors, et ce qu’il advient d’eux par la suite… J’étais donc sensible à ces questions, mais c’est surtout en travaillant avec Katie Mitchell que je m’y suis familiarisée. Elle y tient beaucoup, et c’est d’ailleurs un sujet central dans nos échanges. L’an dernier, nous avons collaboré à Berlin pour la création allemande d’une pièce de Duncan McmillanLungs, où nous cherchions à construire un décor entièrement recyclable et autonome énergétiquement [l’énergie nécessaire à la tenue du spectacle était entièrement générée par les acteurs eux-mêmes, au moyen de vélos reliés à des dynamos alimentant un générateur électrique]. Nous avons donc déjà mené cette réflexion assez loin, mais la difficulté consiste aussi à savoir jusqu’où on peut (et on veut) aller.

Pour votre deuxième collaboration avec Katie Mitchell, le décor que vous avez dessiné a été réalisé par les ateliers de construction du Festival d’Aix, qui mènent une politique d’ « éco-conception » poussée. Comment s’est déroulée cette collaboration ? Qu’a-t-elle eu de particulier, par rapport à vos précédentes expériences ?

C.L : En Grande-Bretagne, les efforts faits dans ce sens consistent le plus souvent à utiliser des matériaux de récupération : on achète de vieilles portes, des parquets, des murs et des meubles usagés… Ici, j’ai l’impression que la réflexion porte aussi sur la manière dont les matériaux qu’on utilise pourront être recyclés de la manière la plus efficace après le spectacle, en recherchant des alternatives naturelles et moins polluantes, notamment dans les textures ou les peintures. C’est assez rare d’avoir une démarche qui englobe l’ensemble du processus, de la construction du décor jusqu’à la fin de sa durée de vie… à vrai dire, c’est même la première fois que je vais aussi loin dans cette réflexion avec des équipes techniques, et je trouve que c’est une très bonne chose.

Avez-vous eu le sentiment de devoir trouver des compromis, entre l’idée que vous vous faisiez de votre décor et sa réalisation ?

C.L : Pas du tout, je n’ai pas le sentiment d’avoir dû faire de compromis. Tout a été comme je l’espérais ! En revanche, il y a quelques effets scéniques dont je n’avais pas forcément anticipé la réalisation, et pour lesquels les équipes du Festival ont proposé des méthodes de fabrication écologiques, ce que je n’avais encore jamais fait…

Quels sont les enseignements que vous retirez de cette expérience ? Pensez-vous que vous réutiliserez ce que vous avez appris ici dans vos prochains projets ?

C.L : Oui, surtout en ce qui concerne la manière de reproduire des textures. Par exemple, pour ce décor nous essayons d’imiter un mur de béton abîmé ; d’ordinaire, c’est une chose qu’on ferait en utilisant du polystyrène, qui est un matériau synthétique très polluant. Mais ici, nous avons opté pour une solution entièrement naturelle : du liège soufflé, sculpté et peint avec une peinture non toxique, qui pourra donc être entièrement recyclable ! Je suis très satisfaite du résultat, je trouve que ça marche bien. Et c’est une bonne surprise de savoir qu’on peut procéder de cette manière sans rien y perdre au niveau du rendu final !