— Au festival

Publiée le 12 avril 2021

TROIS ARTISTES PUISSANTES : WAED BOUHASSOUN, YAZZ AHMED, SOPHIE ALOUR

Yazz Ahmed, Waed Bouhassoun et Sophie Alour
© John Jarret - François Guenet - Elodie Winter
Tant dans la programmation d'Aix en juin qu'au cours des concerts de juillet, le Festival propose une rencontre avec ces femmes, créatrices virtuoses, reconnues et recherchées par la scène musicale actuelle. Trois moments d'exception, pour découvrir ou retrouver l'expression puissante de Waed Bouhassoun, Yazz Ahmed et Sophie Alour. Comme un prélude aux concerts et pour marquer leur présence pour la première fois au Festival d'Aix, découvrez leurs portraits.

Waed Bouhassoun

Waed Bouhassoun est une voix remarquable du Moyen-Orient, dont les graves magnétiques s'accordent subtilement au velouté de son oud. Elle découvre cet instrument à l'âge de sept ans, lorsque son père l'y initie, puis elle perfectionne sa technique au Conservatoire de Damas. Ses influences musicales sont nombreuses et vont de la musique traditionnelle syrienne au répertoire de la musique arabe des années trente et les grandes voix de l'époque, comme Oum Kalthoum ou Asmahan.

Elle travaille aux côtés de Mounir Bachir et apprend l'importance du silence, qu'elle apprivoise alors en empruntant les textes classiques de la poésie arabe pour les mettre en musique. Son répertoire s'enrichit ainsi des poèmes de Wallada, d'Ibn Zaydoun, d'Adonis, ou de textes plus contemporains.

Puissante interprète et chantre de la musique savante arabe, elle fait entendre la poésie bédouine du peuple nabatéen, le mysticisme des soufis, l'amour de Rabia al Adawiyya. Accompagnée de Moslem Rahal au ney – cette flûte en roseau propre aux confréries soufies – elle témoigne de son attachement à sa Syrie natale et sa culture si riche, ce vendredi 18 juin 2021 à l'Abbaye de Silvacane.

EN SAVOIR PLUS

La langue arabe, c'est la langue de la poésie. Je ne choisis pas un poème : je le mets en musique sans avoir lu sur la vie d'un poète ou sur ce qu'il veut dire. Je fais une mélodie qui sert le sens de la poésie.

Waed Bouhassoun

Yazz Ahmed

Le renouveau de la scène jazz se fait en dehors des carcans qui semblent parfois l'entourer. La trompettiste et compositrice anglo-bahreïnie Yazz Ahmed s'amuse des codes du genre et invite les chansons pop des états du Golfe ou encore les musiques traditionnelles arabes à se mêler au monde du jazz. Yazz Ahmed se joue des frontières et explore ainsi de nouvelles sonorités en mélangeant influences arabes et occidentales, qu'elle marie à des touches électroniques, délivrant alors ce que certains qualifient de jazz arabe psychédélique.

Cette énergie exploratrice, Yazz Ahmed la tient de son enfance passée au Bahreïn jusqu'à ses neuf ans, puis à Londres. C'est à son retour en Angleterre qu'elle choisit de jouer de la trompette et se frotte à diverses influences : Dizzie Gillespie, Tubby Hates, puis découvre en 1992 l'album Blue Camel de l'artiste libanais Rabih Abou-Khalil. Dès ses premiers pas sur scène, elle questionne les conventions et multiplie les collaborations les plus étonnantes, avec Radiohead, These New Puritans ou encore Joan As Police Woman.

Le mélange des genres musicaux nourrit la créativité de Yazz Ahmed et lui permet de faire entendre sa voix et son récit multiculturel. Alors elle s'engage pour plus de diversité : elle signe une tribune engagée dans le magazine The Vinyl Factory en 2017, dans laquelle elle alerte les consciences sur la place des femmes dans le jazz. Puis en 2019 sort son album Polyhymnia, composé de six mouvements, chacun consacré à une femme qui l'inspire. On y retrouve ainsi Rosa Parks, Malala Yousafzai, Ruby Bridges, Haifaa al-Mansour, Barbara Thompson et les Suffragettes.

Multi-instrumentiste à la verve créatrice, elle nous ouvre son univers aussi singulier que riche ce vendredi 25 juin 2021 à l'Hôtel Maynier d'Oppède. Oscillant entre jazz et musiques électroniques, riche d'influences mélodiques et rythmiques orientales, la musique de la trompettiste, ici en quartet, offre un concert où se révèle une infinie créativité multiculturelle.

EN SAVOIR PLUS

S'il veut survivre, le jazz doit continuer d'évoluer et je pense que les artistes ont la responsabilité d'être inclusifs, de chercher des moyens d'inviter de nouveaux auditeurs en rendant la musique pertinente avec aujourd'hui.

Yazz Ahmed

Sophie Alour

Saxophoniste autodidacte après avoir étudié la clarinette, Sophie Alour fait l'apprentissage du jazz directement sur scène. Au fur et à mesure de ses albums, elle dévoile le jazz sous toutes ses coutures : son premier album Insulaire est un véritable hymne à la mélodie, contrastant avec son deuxième disque Uncaged, où elle accompagne les sons raboteux et enveloppants de son saxophone ténor d'une guitare électrique et d'une batterie, délibérément inspirée par l'univers du rock. Dans son dernier album Joy, elle se libère des codes du jazz et invite Mohamed Abozekry et son oud à enrichir sa palette sonore des spécificités de cet instrument oriental millénaire.

Sophie Alour bouscule l'ordre établi de la scène jazz, tant par ses compositions musicales que par sa place, singulière au vu de la rareté des femmes qui persiste dans le monde du jazz. Empreinte d'une tenace curiosité et sans cesse à la recherche de nouveauté, elle évolue dans des formations diverses, du trio au sextet, où elle exprime sa singularité saupoudrée d'une touche de désinvolture, propre à sa démarche émancipatrice.

Le groupe Cairo Jazz Station, dont les membres sont issus de l'Orchestre des Jeunes de la Méditerranée et se sont rencontrés lors des Sessions Medinea, assure la première partie du concert, puis la lauréate du Prix Django Reinhardt des Victoires du Jazz 2020 et son sextet traversent les continents, en quête de ce langage universel. Entre jazz et musiques contemporaines du Moyen-Orient, pétris de virtuosité et transportés par la spontaneité de l'improvisation, Sophie Alour et ses musiciens nous guident dans des chemins de traverse, en dehors des conventions du jazz, et révèlent un tableau musical unique, ce jeudi 15 juillet 2021, à l'Hôtel Maynier d'Oppède.

Les Sessions Medinea recoivent le soutien du Programme Erasmus+ de l'Union Européenne, de la Fondation Orange et de la Stavros Niarchos Foundation.

EN SAVOIR PLUS

JE RÉSERVE MES BILLETS

Enrichir sa palette sonore d'un instrument oriental comme le oud, oblige à prendre un chemin de traverse, à trouver un langage, débarassé des codes esthétiques du jazz, libéré des conventions du genre.

Sophie Alour