Die Zauberflöte – De Nederlandse Opera 2013
Clärchen & Matthias Baus

SUBLIME SINGSPIEL

Mercredi 26 mars 2014

Une intrigue romanesque, des personnages humanisés, une alternance de parlé et de chanté… c’est la formule magique du Singspiel. Littéralement « jeu chanté », ce genre de théâtre en musique faisait fureur sur la scène viennoise à l’époque de Mozart, en juxtaposant le parlé au chanté et les genres nobles aux formes les plus populaires. Et c’est une variante fantasque et féérique du Singspiel que l’impresario Schikaneder, producteur deLa Flûte enchantée, présentait dans son théâtre. Mélange des tons, des formes et des genres, les œuvres que Schikaneder et sa troupe présentaient au Theater an der Wieden faisaient aussi souvent collaborer différents compositeurs autour d’un même livret, dans une sorte de patchwork éclectique et bariolé. Mozart connaissait bien ce genre, ayant lui-même fourni quelques parties musicales pour plusieurs spectacles…

Dans ce contexte, La Flûte enchantée incarne une sublimation du Singspiel. Avec cette œuvre, le grand Amadeus parvient à tirer du foisonnement et de l’ambivalence la plus parfaite des cohérences, tout en faisant pénétrer au cœur même de son écriture musicale, de son propos et des références qu’il emploie l’esthétique contrastée caractéristique duSingspiel. Tous les genres d’opéra de l’époque s’y retrouvent : style buffa pour les ensembles et finales, théâtre populaire viennois pour les chansons strophiques, musique liturgique pour les scènes d’épreuves ou situées au Royaume de Zarastro… et pour les airs de La Reine de la Nuit, du plus pur style seria. Les personnages eux-mêmes, construits souvent selon un schéma de duos tantôt antagonistes, tantôt similaires, ne sont jamais enfermés dans un seul emploi ou un seul style.

Pour reprendre les mots d’Alain Perroux : « C’est comme si Mozart considérait qu’au-delà des formes de son temps, au-delà des conventions théâtrales et de la séparation des genres, les opéras étaient comme des êtres humains : changeants et imprévisibles, drôles et pathétiques, non pas définis par leur statut social, mais par leur nature d’êtres humains qui en fait tous des frères. Et l’on se souvient de cette fameuse réplique de La Flûte enchantée, qui vaut comme mot d’ordre : « il est prince.  – Bien plus, il est humain ». De même pourrait-on dire du dernier opéra de Mozart : « c’est un Singspiel. – Bien plus : c’est du théâtre en musique ». »