— Au festival

Publiée le 23 juin 2014

SI CE N’EST ARIODANTE, C’EST DONC SON FRÈRE…

David Portillo, interprète de Lurcanio dans “Ariodante”
© Festival d’Aix-en-Provence 2014

Pour sa première venue au Festival d’Aix-en-Provence, le jeune ténor américain David Portillo fait une prise de rôle en incarnant Lurcanio dans Ariodante de Haendel. Rencontre avec un chanteur promis au plus bel avenir.

Parlez-nous de votre parcours.

J’ai grandi au Texas auprès d’une mère professeur de musique. Les répétitions de chœur et les leçons de piano constituaient mon quotidien. J’ai ensuite passé une licence à l’Université du Texas de San Antonio où je me suis formé à la pédagogie. Après avoir enseigné quelques temps, je me suis vite rendu compte que ce qui me tenait le plus à cœur était de chanter. Je suis donc parti préparer un Master à Dallas et, ce diplôme obtenu, j’ai commencé à être engagé dans différents théâtres tout en suivant des programmes pour jeunes artistes : le Merola Opera Program de l’Opéra de San Francisco ou encore, pendant deux ans, le Young Artist Programme de l’Opéra de Chicago. Mes débuts en France ont eu lieu cette saison, à l’Opéra de Nantes, où j’ai incarné Don Narciso dans Il Turco in Italia de Rossini.

Comment caractériseriez-vous votre voix ?

Je suis un ténor lyrique. Ma voix convient à différents types de répertoire mais j’ai une prédilection pour Mozart, Rossini, le bel canto et la musique baroque, qu’à mon goût, je ne chante pas assez.

Vous incarnez Lurcanio dans Ariodante. Présentez-nous ce personnage.

Lurcanio est le frère d’Ariodante. Dans la production de Richard Jones, tous deux sont pêcheurs sur les bateaux et originaires d’une partie de la ville, différente de celle où résident le roi et sa cour. Lurcanio aide Ariodante à aborder Ginevra et à voir s’il pourrait obtenir sa main. Mon personnage aime pour sa part Dalinda, la servante de Ginevra. Ces deux histoires de cœur se déroulent en parallèle mais, dans la première, l’amour est tout de suite réciproque alors que dans la seconde, la situation est plus difficile.

Comment définiriez-vous sa partie musicale ?

Selon moi, les trois airs de Lurcanio sont les plus beaux que Haendel ait écrits pour la voix de ténor, d’autant que le chanteur de la création, John Beard, possédait de brillants aigus et que Haendel lui a donc confié de belles coloratures. Deux airs sont particulièrement exigeants en raison de ces nombreuses coloratures mais le chef d’orchestre d’Ariodante, Andrea Marcon, écoute beaucoup les chanteurs et parvient très vite à percevoir ce qui leur convient le mieux.

Comment vous êtes-vous préparé à aborder ce rôle ?

Pour me préparer, j’ai beaucoup écouté la version dirigée par Marc Minkowski où Lurcanio est interprété par Richard Croft qui fut d’ailleurs l’un de mes professeurs : il joue le plus rapide Il tue sangue que j’aie jamais entendu ! Les chanteurs anglais sont aussi très bons dans ce répertoire mais Richard Croft demeure mon interprète préféré.

J’ai commencé à chanter les airs de Lurcanio il y a longtemps déjà : le redoutable Tu vivi, e punito régulièrement, même si je ne l’avais encore jamais donné en version scénique, Il tuo sangue il y a trois ou quatre ans, et Del mio sol, il y a environ un an, quand j’ai su que je participerai à la production d’Aix-en-Provence. Par rapport à Mozart ou Rossini, un air de Haendel implique un gros travail sur les ornements et donc l’improvisation, ce qui donne la possibilité de créer son propre personnage.

Si vous deviez résumer en quelques mots cette première expérience aixoise…

Je parlerais d’une expérience magique, d’un mélange parfait d’excellence et détente, aux côtés d’une distribution absolument extraordinaire.

Propos recueillis le 19 juin 2014 par Anne Le Nabour