— Au festival

Publiée le 28 juin 2016

Sabine Devieilhe en BeautÉ À Aix-en-Provence

En 2012, Sabine Devieilhe incarnait Serpetta dans La finta giardiniera de Mozart. Elle revient cette année au Festival d’Aix pour interpréter Beauté dans Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de Haendel. Rencontre avec cette jeune et époustouflante soprano colorature française.

Que signifie pour vous ce retour à Aix ?

C’est très émouvant pour moi d’être là ! Je garde un souvenir très précieux de ma première venue à Aix, c’était dans le cadre de l’Académie. Et puis c’était mon premier festival donc ça a été un moment très fort dans ma jeune carrière. Je reviens ici grandie. C’est presque comme un retour aux sources sur ces années de jeunesse musicale et ça fait partie de ces rendez-vous où on se rend compte qu’on aime son métier encore plus.

Vous êtes cette année Beauté dans Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de Haendel, comment décririez-vous ce personnage en quelques mots ?

Beauté est une très jeune fille qui cherche à garder son identité malgré les difficultés de sa vie. Sont-elles matérialisées par ces allégories du Temps, de la Désillusion et du Plaisir ? En tout cas c’est une jeune fille qui s’essaie et qui s’apprend au fur et à mesure de l’histoire.

Comment avez-vous approché ce rôle ?

Quand on travaille une œuvre baroque, la question de l’interprétation de la partition se pose toujours. À l’époque où Haendel compose cet oratorio, la musique est moins écrite, il y a moins d’annotations, car les compositeurs partent du principe que les interprètes connaissent déjà un certain nombre de traditions musicales. Les librettistes partent eux aussi du principe que les artistes et le public connaissent les codes. Le travail d’un personnage comme celui-là est donc un peu particulier pour nous, interprètes du XXIème siècle. C’est sans doute la fois où j’ai été la moins prête en arrivant à la première répétition ! J’avais bien évidemment plein d’envies et d’attentes mais il a fallu façonner le personnage avec le metteur en scène.

Parlons-en ! C’est la première fois que vous travaillez avec Krzysztof Warlikowski. Comment se passe la collaboration ?

C’est très intense. Je me rends compte que je n’avais jamais autant travaillé avant ! Krzysztof Warlikowski est quelqu’un de très généreux. On a vraiment composé cette jeune fille à travers ce que j’étais, mais surtout à travers ce qu’il pressentait que je pouvais être, sans me connaître. En tant que jeune chanteuse « à la mode » [rire], j’ai souvent affaire à des gens qui profitent de la silhouette de jeune fille que je renvoie. On oublie alors de parler de la lecture de l’œuvre, du livret ou du rôle. Avec Warlikowski, on est allés puiser beaucoup plus profondément. Il voulait que je sois moins légère, que je porte le poids de l’adolescence, de cet âge où rien n’est facile. 

Est-ce qu’il y a dans cette mise en scène quelque chose que vous n’aviez encore jamais fait ?

Dans la première partie, Beauté est seule. Elle est en pleine lutte intérieure. Elle n’a finalement que sa propre adolescence comme ennemie. J’ai dû apprendre, sans l’aide de mes partenaires, à développer cette noirceur, et ça, c’est quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant.

Vous les connaissiez déjà l’équipe avant de venir au Festival ?

Je connaissais Franco Fagioli de nom, j’étais très admirative de son travail. Il a Haendel dans le sang et ce côté italien extrêmement à propos pour le rôle de Plaisir. Sara Mingardo, je la connaissais par les disques, elle a un timbre qui fait du bien ! On se dit souvent quand elle chante : « c’est comme de la pommade, c’est magnifique. » Et puis Michael Spyres et Emmanuelle Haïm, je venais de les quitter quelques mois auparavant pour Mithridate au Théâtre des Champs-Élysées et on s’entend très bien. Finalement, c’est un peu comme une grande famille. On est tous très heureux d’être ensemble.

Les bonnes adresses de restos à Aix à conseiller aux festivaliers ?

Vintrépide : 48 Rue du Puits Neuf - 13100 Aix-en-Provence 
Yoji : 7 Avenue Victor Hugo – 13100 Aix-en-Provence
60 Degrés Tisanerie Moderne : 6 Rue Paul Bert – 13100 Aix-en-Provence 

Propos recueillis le 16 juin 2016 par Saskia de Ville