— Au festival

Publiée le 16 juillet 2015

RENCONTRE AVEC JOHN HESS, L’HOMME QUI DONNE LE “LA” DE SVADBA

Svadba – Festival d’Aix-en-Provence 2015
© Bernard Coutant

Lors des représentations de Svadba, vous ne l’avez peut-être pas remarqué mais il était bien là. Le donneur de la et les percussions, c’était lui. John Hess, répétiteur et percussionniste, revient avec nous sur la nouvelle production de Svadba. Rencontre avec un homme-orchestre de l’ombre.

Vous étiez répétiteur sur Svadba. En quoi consiste cette fonction ?

En général, le répétiteur travaille au piano avec les chanteurs, en essayant d’arriver à une certaine cohérence. L’objectif est que les chanteurs se sentent de plus en plus à l’aise, jusqu’à ne plus avoir besoin du piano et être prêts à travailler avec le chef d’orchestre. Dans le cas de Svadba, comme c’est un spectacle a cappella, cela a été un peu différent. Dès le début des répétitions, nous avons beaucoup travaillé avec la directrice musicale, Dáirine Ní Mheadra, une partenaire que je connais bien puisque nous sommes mariés !

Quelles ont été les principales difficultés à préparer les six jeunes femmes deSvadba à cet opéra ?

Avec Svadba, la principale difficulté réside dans les nombreux intervalles dissonants – comme les secondes –, car l’harmonie n’est pas fondée sur les tierces. Chaque chanteuse a d’ailleurs son propre intervalle. Mais les jeunes femmes sont très douées et ont pu assimiler l’œuvre rapidement grâce, aussi, à un enregistrement, ce qui n’avait pas été le cas pour l’équipe de création en 2011. C’est donc un gros atout.

Et maintenant, pendant les représentations, vous donnez le la

Non, le  qui est la première note de la partition et que je joue au glockenspiel. Je donne aussi quelques notes repères tout au long du spectacle. Toutefois, je crois qu’au point d’accomplissement où sont parvenues les chanteuses, elles n’en ont quasiment plus besoin. La musique est en elles.

Vous jouez aussi des percussions…

Je joue du glockenspiel dont la sonorité aérienne vient renforcer certaines images ; du tambour qui était confié, à la création, aux chanteuses, mais les metteurs en scène Ted Huffman et Zack Winokur avaient une autre conception et ils ont demandé à Ana Sokolović s’ils pouvaient me donner la partie de tambour ; ainsi que du gong, au moment où les filles lavent Milica – on croit d’ailleurs entendre un instrument électroacoustique – qui représente l’eau et le fait de s’immerger dans le son. Le tambour incarne la convivialité de ces six femmes, à Belgrade, en train de faire la fête la veille du mariage de l’une d’entre elles.

Les chanteuses ont cependant gardé des moments où elles jouent, notamment dans la deuxième scène quand elles s’amusent avec les bols contenant la teinture pour les cheveux de Milica ou encore, à la fin, avec les ocarinas. Les chanteuses usent aussi de leurs propres corps comme instrument percussifs et Ana dit s’être inspirée de jeux avec ses enfants, âgés de cinq et sept ans à l’époque de la composition.

Vous ne vous sentez pas un peu seul parmi toutes ces femmes ?

Je suis totalement seul ! Elles m’ont d’ailleurs relégué dans un coin ! (rires) Et encore, la fois précédente, nous avions fait appel à un metteur en scène qui n’a finalement pas pu être là et qui a été remplacé, à la dernière minute, par une femme : je me suis donc retrouvée avec des chanteuses, une chef d’orchestre, une metteur en scène, une régisseuse de scène et une scénographe. Que des femmes, excepté moi ! Mais j’ai grandi entouré de sœurs, alors, je suis habitué.

Quel est votre meilleur souvenir de cette production de Svadba à Aix ?

Peut-être la chaleur ! Non, plus sérieusement, quand nous avons créé la pièce à Toronto en 2011, les chanteuses étaient vraiment extraordinaires – on ne pensait jamais trouver meilleure distribution – mais là, j’ai l’impression que les interprètes sont allées encore plus loin. Je suis époustouflé !

Propos recueillis le 9 juillet 2015 par Anne Le Nabour