— Passerelles

Publiée le 20 mars 2014

REGARD SUR “LA FLÛTE ENCHANTÉE”

Maud Angeli, participante au programme Opéra ON, revient sur le café-opéra organisé le 11 mars autour de “La Flûte enchantée”, en faisant partager sa passion pour cette œuvre à travers les mises en scène qui l’ont le plus marquée… Un parcours en vidéos qui donne envie de passer plus de temps à regarder de l’opéra, en plus de l’écouter!

Le café-opéra de la semaine dernière a été l’occasion de présenter La Flûte Enchantée aux membres d’Opéra ON. A l’intervention d’Alain Perroux, qui abordait le contexte de création de l’œuvre et les détails de la mise en scène de Simon McBurney, j’aimerais ajouter le son et l’image, et pour cela mettre à l’honneur quelques productions et mises en scène qui m’ont particulièrement touchées.

Aix-en-Provence 1994 – mise en scène de Robert Carsen

Le parti pris du canadien Robert Carsen est pour moi très judicieux, parce qu’il échappe à l’écueil d’une lecture franc-maçonnique de l’œuvre et dépouille la vision quelque peu misogyne du livret. Sa Flûte enchantée est profondément humaine, montée comme une fable moderne, où chacun des chanteurs est un acteur conscient de l’accomplissement du passage à l’âge adulte de ces deux enfants que sont Pamina et Tamino. Le personnage de la Reine de la Nuit y est transcendé : bien loin de la mère hystérique souvent surjouée, elle est faite de chair et de sang, déterminée à initier Pamina autant que Tamino aux mystères du monde qu’ils contrôleront bientôt. Sous cet éclairage, ses airs prennent un nouveau sens. Les accents de douleur, bien souvent joués comme une ruse, sont ici bien réels : c’est la mère qui est mise en scène et non la femme assoiffée de pouvoir.

https://www.youtube.com/watch?v=-mvRPekFqJg

Même chose pour l’air “Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen”, qui annonce la première épreuve initiatique de Pamina, ordalie mise à exécution par la Reine et dirigée en toile de fond par Sarastro. Le tempo est ici ralenti, et la Reine se mue en quelque Violetta mozartienne. Afin que Pamina devienne une Initiée, la Reine doit sacrifier son identité de mère aux yeux de sa fille, la forcer à se détourner d’elle. Par deux fois elle sera au bord du renoncement face au désarroi de Pamina :

https://www.youtube.com/watch?v=uUEbgNS15dw

Enfin, le final est un des plus émouvants que j’aie vus : débarrassés de leurs costumes, en tenue immaculée, les chanteurs comme transcendés par la musique de Mozart viennent communier avec nous, entonnant les dernières phrases du final : « Le courage a triomphé et il récompense la beauté et la sagesse d’une couronne éternelle »:

https://www.youtube.com/watch?v=69tLl4v5fPk

Covent Garden 2004 – mise en scène de David McVicar

Cette Flûte Enchantée est la plus belle des productions que j’aie pu voir. David McVicar, qu’on connaît pour ses mises en scène en costumes de Giulio Cesare, Maria Stuarda et Manon, nous donne ici presque l’impression d’assister à une représentation du temps de Mozart : Papageno est un vrai personnage d’opera buffa, les décors pour les apparitions de la Reine de la Nuit semblent être directement inspirés du décor de la première de La Flûte, et la vision manichéenne du livret est conservée dans une juste mesure, qui sert le propos de la mise en scène.

La Reine de la Nuit est à l’opposé de la vision précédente : folle de rage de voir sa fille passer du côté de « l’ennemi », les suraiguës ne sont que l’expression de sa toute-puissance:

https://www.youtube.com/watch?v=JzFi-7H9TKs

Bien que joué depuis par une ribambelle de chanteur, le Papageno de Simon Keenlyside est un vrai bijou de drôlerie et de profondeur. Jamais ce personnage n’a été si touchant et d’une intelligence qui donne au spectateur la vue d’un homme ordinaire, confronté à des épreuves extraordinaires. De plus, on échappe au costume flamboyant du Papageno, dont on se demande souvent si le metteur en scène n’use pas pour masquer les défaillances éventuelles d’un mauvais acteur…

https://www.youtube.com/watch?v=5-Qq-DeEXhw

Le “Ach ich fühl’s” est selon moi l’air le plus poignant de tout l’opéra : face au mutisme de Tamino, Pamina pleure les joies de l’amour si rapidement passées et annonce son suicide prochain. Sur une mélodie très simple, les accents de douleur sont d’une justesse et d’une noblesse contenue qui touche au sublime.
https://www.youtube.com/watch?v=53RwokMkgqk

La Flûte Enchantée nécessiterait d’être illustrée par encore plus de liens vers des mises en scène, des chanteurs ou de tout petits passages musicaux présentant des aspects particulièrement intéressants de la musique de Mozart. Faute de pouvoir être exhaustif, voici quelques pistes pour aller plus loin:

–          Le “Ach ich fühl’s” tel que Mozart l’a composé, c’est-à-dire sans la respiration sur le “Herzen” (de 1 :02 à 1 :17 dans la vidéo)

http://youtu.be/8cpmSgtmq14?t=0m56s

–          Dans ce “Nur stille, stille, stille”, l’harmonie entre les quatre voix des chanteurs est une des meilleures que j’aie entendues :

http://youtu.be/wMWRCMBf5QQ?t=1m16s

–          La déclaration d’amour de Tamino à Pamina, par Jonas Kaufmann :

https://www.youtube.com/watch?v=DszGybI93Yo

–          Papageno retrouve enfin sa Papagena (regardez jusqu’au bout, c’est très drôle)

http://youtu.be/flVBOlBg_tg?t=4m51s

 

Maud Angeli

 

Vous connaissez d’autres vidéos de La Flûte enchantée que vous souhaiteriez vous aussi partager? Postez vos liens en commentaire de cet article!