— Au festival

Publiée le 17 juillet 2020

NE MANQUEZ PAS LE CONCERT DE L'ORCHESTRE DE L’OPÉRA DE LYON!

Orchestre de l'Opéra de Lyon
© Blandine Soulage
Les astres de la musique veillent à leur destinée… La soprano Sabine Devieilhe et le chef d'orchestre Daniele Rustioni connaissent une trajectoire fulgurante depuis leurs débuts respectifs à l’Opéra de Lyon et au Festival d'Aix-en-Provence. C’est à Mozart – dont la soprano française s’est imposée comme l’une des interprètes majeures – et à la musique russe qu’ils consacrent ce concert diffusé le 20 juillet dès 10H sur Culturebox.

Le programme de ce concert mettra à l'honneur les prouesses vocales imaginées par Mozart et le chant bouleversant du Quatuor n° 8 de Chostakovitch, interprété par l’Orchestre de l’Opéra de Lyon dans la version réorchestrée de son élève Rudolf Barchaï, hommage à deux pères fondateurs du lyrisme :

WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756-1791)
« Schon lacht der holde Frühling » K.580 (1789)
« Vorrei spiegarvi, o dio ! » K.418 (1783)
« Alcandro, lo confesso » K.512 (1787)

DMITRI CHOSTAKOVITCH (1906-1975)
Symphonie de Chambre, op. 110a (1967)
(Transcription par Roudolf Barchaï du Quatuor à cordes n°8 en ut mineur, op. 110, 1960)

NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV (1844-1908)
Quintette pour piano et vents en si bémol majeur (1876)


NOTICE DE CONCERT

Mozart : Vorrei spiegarvi
Mozart : Alcandro lo confesso
Mozart : Schon lacht der holde Frühling
Chostakovitch : Symphonie de Chambre op.110 (Version Barschaï)
Rimski-Korsakov : Quintette pour piano, flute, clarinette, basson et cor
 
Composé lors de son passage à Mannheim en 1778, alors que Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) cherchait à obtenir une place dans la ville afin de quitter Salzbourg, Alcandro lo confesso K.294 fut imaginé pour Aloysia Weber, premier amour du compositeur et excellente chanteuse.
Après un court récitatif accompagné, dans lequel l’héroïne s’interroge sur la nature des sentiments qui l’envahissent, survient l’air : d’une grande noblesse, la ligne vocale se déploie dans un calme « Andante sostenuto », suivi d’un « Allegro agitato » fait de nombreuses vocalises trahissant le désarroi de la jeune femme en proie à la passion, avant le retour de l’ « Andante », cette fois illuminé de longues gammes ascendantes illustrant l’émoi qui circule dans ses veines.

Imaginé aussi pour Aloysia Weber, Vorrei spiegarvi, oh Dio ! (K. 418) s’insérait en intercalaire dans l’opéra Il curioso indiscreto de Pasquale Anfossi (1727-1797), repris en 1783 au Burgtheater de Vienne.
Sur un accompagnement en pizzicati des cordes graves et un léger ostinato rythmique des premiers violons, s’élève une longue et émouvante phrase de hautbois atteignant son sommet par trois appogiatures successives, avant que la phrase ne redescende pour cueillir la plainte de Clorinda : celle-ci noue avec le hautbois un véritable dialogue amoureux, ponctué de tendres tenues de cor. Cette première partie « Adagio », d’une grande souplesse mélodique, laisse place à un « Allegro » beaucoup plus volontaire, dans lequel la jeune femme troublée repousse le Comte Ripaverde, qu’elle aime pourtant en secret : son amour transparaît dans les intervalles de plus en plus vertigineux de la ligne vocale, culminant sur les mots « d’amor non parlate », « ne pas parler d’amour », avant que l’air ne s’achève dans un victorieux forte final.
    
Donné aujourd’hui en air de concert, Schon lacht der holde Frühling K. 580 (Le beau printemps sourit déjà) est en fait une aria d’opéra écrite à l’origine pour la version allemande du Barbiere de Seviglia de Paisiello (1740-1816). Comme il le fit deux ans après avec l’air de la Reine de la nuit, Mozart composa cette cavatine pour sa belle-sœur Josepha, en septembre 1789, afin de remplacer l’air original Già riede primavera. Dans une première partie enjouée, Rosine chante sa joie de revoir fleurir le printemps mais regrette qu’aucune douce consolation ne vienne combler « ce pauvre cœur », alors qu’une immense vocalise prend naissance sur le mot « Arme » (« pauvre »), et s’éteint sur « Herz » (« cœur »). Intervient alors le magnifique « Andante » central : dans un sol mineur tendre, parcouru de dissonances, la jeune femme pleure le départ du berger Lindor sur un doux ostinato de violons, la ligne vocale enlaçant les contrechants de clarinettes, avant le traditionnel retour de la première partie (da capo).
Reconnu pour ses ouvrages lyriques – Le Coq d’or, Snegourotchka – Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) est avant tout un immense orchestrateur, célébré comme l’héritier d’Hector Berlioz et Franz Liszt dans le domaine de la musique à programme et du poème symphonique. Pourtant, en marge de ses grandes œuvres orchestrales, Rimski-Korsakov s’adonna à la musique de chambre, composant notamment pour les Vendredis musicaux de Mitrofan Petrovitch Belaïev.
Le Quintette pour piano, flûte, clarinette, basson et cor en si bémol majeur fut composé, comme le Sextuor à cordes en la majeur, en vue d’un concours de composition organisé en 1876 par la Société russe impériale de musique. Passé inaperçu à cette occasion, du fait d’une exécution déplorable, le quintette remporta cette même année un grand succès lors de sa création publique à la Société de Musique de chambre de Saint-Pétersbourg.
« Allegro con brio », le premier mouvement déroule un thème syncopé circulant entre les différents instruments dans un permanent dialogue, rythmé d’un continuum de croches trépidantes.
À l’opposé de la simplicité harmonique du premier mouvement, l’« Andante » déploie de longs thèmes nostalgiques dans de chatoyantes couleurs modales. Portés par le quatuor de vents, ils créent une texture polyphonique émaillée d’entrées en imitations, accompagnée d’un piano rapsodique évoluant sur un autre plan sonore, à la manière d’un soliste. En son centre, le mouvement se mue en un dense fugato, suivi du long thème de cor initial qui amorce le retour de la première partie.
Insolent et joyeux, le dernier mouvement « Rondo. Allegretto » à trois temps est porté par un refrain construit sur une cellule rythmique sautillante. Une brillante cadence centrale met en valeur tour à tour chacun des instruments, dans un geste concertant, avant le retour facétieux du refrain.
Désireux de faire découvrir l’œuvre de chambre de Dimitri Chostakovitch (1906-1975) au grand public, Rudolph Barchaï (1924-2010) transcrivit en 1967 son Quatuor à cordes n°8 en ut mineur opus 110, composé en 1960, pour orchestre à cordes. Respectant largement la partition originale, Barchaï ajouta simplement une ligne de contrebasse et étoffa l’ensemble du quatuor pour lui conférer une dimension symphonique, donnant ainsi naissance à la Symphonie de Chambre op.110a, avec l’approbation de son ami.
Œuvre expressionniste et violente, éminemment personnelle, elle reprend de nombreux éléments issus d’œuvres précédentes – Lady Macbeth de Mzensk, les Symphonies n°1 et 5, le Trio op. 67 n°2, etc.
Composé très rapidement, sous le choc d’une visite de la ville de Dresde, rasée sous les bombardements alliés, le quatuor à cordes n°8 s’ouvre sur un « Largo » quasi-atonal, fondé sur une cellule de quatre notes, ré, mi bémol, do, si, dessinant les initiales du compositeur (DSCH). Il trace ainsi les contours d’une fugue lente, au thème rampant dans un univers chromatique sombre, traversé de rares trouées de lumière grise – quelques accords majeurs dans un contexte presque exclusivement mineur, dans des nuances très effacées (piano, pianissimo).
Mouvement perpétuel effréné perclus de dissonances, le deuxième mouvement « Allegro » oppose à la ligne chromatique du premier violon les violents coups de poings du reste du quatuor, en sforzandos hurlants. Soudain, le mouvement perpétuel laisse place à une danse à deux temps d’inspiration juive, issue du Trio op. 67 : à partir de la guerre, Chostakovitch trouva en effet dans l’utilisation du folklore juif – allusions discrètes aux mélodies klezmer des Shtetls ou citations directes, comme dans les Chansons juives – un exutoire à l’amertume ressentie face à la dictature, protestant à sa manière contre la tragédie vécue par les juifs d’URSS.
Après un « Allegretto » de type scherzo reprenant le thème contemporain du Concerto pour violoncelle n°1, un deuxième « Largo » évoque un chant funèbre à la mémoire des victimes de la Révolution, avant un dernier « Largo » reprenant le thème de départ, qui semble peu à peu se disloquer pour devenir un long chant étale, dans les graves du quatuor, troué par instants de violents soubresauts (trois notes répétées fortissimo). Chostakovitch s’élève ainsi contre toutes les barbaries, dans un cri de portée universelle.