— Au festival

Publiée le 29 juin 2019

MOZART, LA MORT ET L'AU-DELÀ

À l’heure du Requiem, que représentent pour Mozart la mort et l’au-delà ?

Le compositeur a toujours été hanté par ces questions, exprimant à leur sujet un constant besoin de savoir. À la mort de sa mère en 1778, il affiche des convictions chrétiennes claires : il écrit ainsi à son père qu’il faut se soumettre à la volonté divine, que la mort mène à un état de bonheur bien meilleur que le séjour terrestre. Et il semble minorer la problématique plus angoissante du jugement.
Après l’initiation à la Franc-maçonnerie en 1784, il est conforté dans cette position tout en l’infléchissant. Pour lui, il ne s’agit plus de se soumettre passivement à la volonté divine mais bien de participer activement, dès cette vie – notamment par la réflexion –, au bonheur futur. Son état spirituel dominant est alors une sérénité qui surmonte l’angoisse sans la supprimer.

Mais en 1791, la question n’est plus théorique : qu’est-ce qui, de l’angoisse réelle ou de la sérénité, dans le contexte d’une mort proche, va l’emporter ? Si, de prime abord, Mozart semble faire preuve de peu d’entrain dans l’achèvement de l’ouvrage, c’est peut-être qu’il est inhibé par la gravité du sujet : fasciné et terrifié parce que l’enjeu se met à l’engager en propre. Pour autant, quand bien même le Requiem rendrait compte d’une expérience personnelle, sa musique n’exprime pas véritablement une attitude individualisée devant la mort : il s’agit plutôt d’une parole collective, conformément à un idéal de fraternité humaine qui traverse toute ses compositions.

La postérité du Requiem a fait l’objet d’un conflit idéologique. La question est de savoir qui a eu le dernier mot : le Mozart franc-maçon ou le Mozart catholique ? Certains ne voient pas d’un bon œil le fait que le Requiem soit sa dernière œuvre, préférant trouver que ses sentiments religieux sont plus accomplis dans La Flûte enchantée ; tandis que, pour d’autres, ce qui se joue dans le Requiem est au contraire l’aboutissement de ce qui était à l’œuvre dans la Flûte. Il faut dire que Constance et ses proches ont contribué à édifier l’image d’un Mozart catholique dans un contexte où les Francs-maçons, considérés comme séditieux, étaient de plus en plus mal vus. Ils ont donc insisté sur le fait que la toute dernière période de sa vie a été attachée à la composition de cette œuvre pieuse, préparation tout aussi pieuse à sa propre mort.
Le texte du Requiem fait certes coïncider deux états : la terreur soumise devant la volonté divine ; et la marche active vers la béatitude. Subsumant cette tension, les deux compositions de Mozart – Requiem et Flûte enchantée – racontent au fond une même histoire : la victoire de la Lumière sur les forces obscures du Mal ; elles manifestent la même aspiration à une radieuse sérénité.

Timothée Picard