— Au festival

Publiée le 18 juin 2014

MÉTIER DE L’OPÉRA: CHEF DE CHANT

© Patrick Berger / ArtcomArt

Chef de chant sur Ariodante, Jean-Paul Pruna nous présente son métier, profession de l’ombre pourtant essentielle à la préparation de toute représentation d’opéra. Rencontre entre deux répétitions.

Qu’est-ce qu’un chef de chant ?

Le chef de chant est un pianiste dont le rôle principal est de jouer pendant les répétitions d’opéra, avant que l’orchestre n’arrive. Cela nécessite plusieurs compétences, autres que simplement pianistiques : une excellente connaissance de la voix et des chanteurs, la maîtrise des principales langues de l’opéra (italien, allemand, français, anglais), une culture opératique solide et la capacité à faire preuve de diplomatie afin qu’en salle de répétitions, tout se passe au mieux entre les chanteurs, le chef d’orchestre et le metteur en scène. Le chef de chant est donc au service des gens qui l’entourent et s’il ne se fait pas remarquer, c’est plutôt bon signe.

Si vous deviez donner envie à quelqu’un de devenir chef de chant…

Je dirais qu’il n’y a pas de plus beau métier ! Cela permet de se nourrir d’un répertoire fantastique et d’évoluer au contact de gens passionnants, ce qui est peu dire sur la production d’Ariodante. Même si le travail en amont peut être solitaire, la finalité est toujours de rejoindre une équipe.

Comment vous préparez-vous à aborder une production ?

Après avoir écouté l’œuvre à plusieurs reprises et m’être procuré la partition, je révise cette dernière dans son intégralité car les choix de l’éditeur ne sont pas forcément les miens. Le but n’est pas de jouer toutes les notes assumées par l’orchestre mais d’aboutir à une réduction efficace : par exemple, si un motif de flûte, non retenu par l’éditeur, aide, selon moi, le chanteur à se repérer musicalement, je l’ajoute. Le cas échéant, je procède ensuite à la traduction du texte en français. Enfin, je joue et chante en même temps jusqu’à parfaitement intégrer la partition.

Que pouvez-vous dire de la partition d’Ariodante ?

Elle est magnifique quoique complexe et ce, pour deux raisons. Les airs rapides sont difficilement arrangeables et nécessitent de trouver un équilibre : il faut jouer toutes les notes de la ligne principale, car on ne peut se contenter du seul paramètre rythmique ou de l’harmonie, sans que cela sonne surchargé. Quant aux airs lents, ils font appel à une longueur de son adaptée aux cordes, mais délicate à trouver au piano. Pour autant, Ariodanteest une partition que j’adore, et dont je ne me lasse pas malgré tout ce temps passé en sa compagnie.

Pendant ces premières semaines, vous êtes un peu l’orchestre à vous tout seul…

Oui, car mon travail s’arrête en effet quand l’orchestre arrive même si, au-delà de ce moment, je reste souvent pour vérifier, de la salle, l’équilibre entre les voix et l’orchestre.

Si vous deviez incarner un des personnages d’Ariodante, ce serait…

Sans doute l’un des rôles de soprano car c’est une tessiture qui m’est chère. Le roi, figure paternelle et généreuse brisée dans les deuxième et troisième actes, me touche également beaucoup de même qu’Ariodante, héros presque romantique avant l’heure et très connecté à la nature.

Propos recueillis par Anne Le Nabour