— Au festival

Publiée le 26 juin 2017

Lever le voile et rÉvÉler le sens

Simon McBurney
© Eva Vermandel

À quelques jours de la première, découvrez des extraits de l'entretien avec Simon McBurney, metteur en scène de The Rake's Progress, à découvrir en intégralité dans le programme d'opéra...

En tant que metteur en scène, en quoi The Rake’s Progress vous a-t-il intéressé ?
Le principal intérêt de cette œuvre pour moi était de partir à la rencontre de la musique de Stravinski. Je souhaitais cerner quelle était l’intention de l’œuvre et la faire vivre pour le public d’aujourd’hui. Cette question essentielle, cette quête même, consistait à voir l’œuvre dans son ensemble plutôt que comme un enchaînement de scènes. Chaque fois que j’ai le privilège de travailler sur une composition aussi exceptionnelle que celle-ci, je ne sais jamais ce que je vais finir par y découvrir, ce que les répétitions vont faire ressortir. C’est pour moi un peu comme un site archéologique que l’on fait remonter à la lumière de notre époque. Je n’aborde pas l’œuvre en sachant par avance ce qu’elle va révéler. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’elle va me raconter, la vision du monde qu’elle va faire surgir…

 

La scène est une page blanche sur laquelle tout peut arriver. C’est une page vierge. Au fil de l’histoire, cette page se couvre des traces de la narration.

Vous avez imaginé un décor intégralement réalisé en papier blanc, ce qui est tout à fait innovant, mais vous soulignez que c’est la technologie qui est au service de la narration et non l’inverse. Est-ce vraiment le cas ?
L’œuvre s’ouvre sur un monde de pureté. Le printemps. Un idéal. Un amour naissant. Une idylle. Une sorte de Jardin d’Eden, pourquoi pas. La scène est une page blanche sur laquelle tout peut arriver. C’est une page vierge. Au fil de l’histoire, cette page se couvre des traces de la narration. Cela nous permet de travailler sur la notion de progression que l’on note dans le titre de l’opéra et qui est centrale à l’œuvre. Eh oui, tout ce que l’on trouve dans un opéra ou au théâtre devrait être au service de l’œuvre. Je ne l’aborde pas avec ce que l’on appelle un « concept ». Je ne souhaite pas imposer une idée précise. Je cherche simplement à lever le voile sur ce qui se présente à nous. Le décor, les costumes, les lumières… Ce sont les outils qui nous permettent de révéler le sens, la signification de l’œuvre plutôt que ce que nous voulons montrer.

 

[La] noirceur et [la] beauté [de The Rake's Progress] nous rappellent la fragilité et la faiblesse de l’homme ainsi que sa capacité à s’autodétruire. Il s’agit-là de quelque chose d’intemporel qui s’applique à un présent perpétuel et qui est peut-être encore plus urgent aujourd’hui que jamais.

Pensez-vous que The Rake’s Progress soit une œuvre salutaire ou même prophétique ? Que révèle-t-elle de notre monde capitaliste ?
Quelle était l’intention de Stravinski ? Que trouve-t-on dans cette œuvre ? Qu’en retire-t-on ? De simples liens et références aux œuvres du passé ou quelque chose de plus profond et de plus complexe ? Il compose cette œuvre à un moment bien précis de l’Histoire. Aucune œuvre ne peut être dissociée du moment où elle est composée. C’était une période d’espoir faisant suite aux atrocités commises lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’était également un temps où l’humanité prenait conscience de sa capacité à s’anéantir. Je ne dis pas, et j’insiste là-dessus, qu’il s’agit-là du sujet de l’œuvre. Mais sa noirceur et sa beauté nous rappellent la fragilité et la faiblesse de l’homme ainsi que sa capacité à s’autodétruire. Il s’agit là de quelque chose d’intemporel qui s’applique à un présent perpétuel et qui est peut-être encore plus urgent aujourd’hui que jamais.

Extrait de l'entretien avec Simon McBurney réalisé par Aurélie Barbuscia, mai 2017