— Académie

Publiée le 27 juin 2015

LES 4 TÉNORS DE LA RÉSIDENCE MOZART

Cette année, à la résidence Mozart de l’Académie, ce ne sont pas les trois ténors mais bien les quatre que le Festival accueille. Un nombre inhabituel, pour une tessiture dont il est rare de voir autant de représentants chanter ensemble… Rencontre avec deux d’entre eux, Trystan Llŷr Griffiths et Jonathan Abernethy, à quelques heures du concert de clôture de la résidence.

C’est la première fois qu’il y a autant de ténors dans la résidence ; avez-vous l’habitude d’être aussi nombreux lors des master classes auxquelles vous participez d’ordinaire ? Comment expliquez-vous la rareté de votre tessiture ?

Trystan Llŷr Griffiths: Au National Opera Studio, où j’étudiais jusqu’il y a peu, nous n’étions que deux ténors. J’ai donc été agréablement surpris en voyant que nous étions quatre !

Jonathan Abernethy : Même si nous chantons le même répertoire, chacun de nous a une voix différente, avec une sonorité très distincte. La spécificité de notre tessiture, c’est d’être capable de tenir sur la durée des notes relativement hautes. Certains barytons peuvent atteindre ces notes, mais seul un ténor est capable de les maintenir en gardant un beau son. Et cela est particulièrement vrai chez Mozart.

Qu’y a-t-il de particulier chez Mozart, pour un ténor ?

J. A. : La ligne vocale est totalement mise à nu. Notamment dans des airs comme « Un’auraamorosa» ou « Dalla sua pace», et tout particulièrement quand on chante accompagné d’un piano seul, comme c’est le cas avec les concerts que nous donnons ici. C’est un vrai challenge…

Depuis que vous êtes ici, qu’avez-vous découvert de neuf sur Mozart et la manière de le chanter ?

J. A. : Nous travaillons ici des airs assez célèbres de Mozart. Mais, ce qui est intéressant, c’est qu’en prenant le temps de se consacrer à chacun d’eux, nous prenons conscience à la fois de nos inclinations personnelles et de nos habitudes qui nous les font chanter de telle ou telle manière, mais aussi des autres voies qu’on pourrait emprunter. Parfois, on a aussi tendance à vouloir mettre beaucoup d’ornements pour étaler toute notre virtuosité, mais ce n’est pas forcément approprié, et nous apprenons ici à faire la distinction. Avec Mozart, ce n’est pas comme chez Donizetti ou Verdi chez qui on peut davantage faire ce qu’on veut !

T. L. G. : Nous apprenons à être extrêmement rigoureux. Par exemple, avant de venir ici, je pensais chanter l’air « Dies Bildnis ist bezaubernd schön» [« Ce portrait est un ravissement »,La Flûte enchantée] plutôt bien ; mais en le travaillant plus en profondeur avec Susanna Eken, j’ai pris conscience d’une quantité incroyable de détails que je pouvais encore améliorer. Pourtant, cela fait quelques temps déjà que je chante cet air, mais je vois maintenant qu’il est encore possible de le retravailler et de dépasser ce à quoi j’étais parvenu jusqu’à présent. Cela est très enthousiasmant !

Quelle est la particularité de cette résidence par rapport à d’autres master classes que vous avez pu suivre ailleurs ?

J. A. : Le fait d’être quatre ténors nous permet d’apprendre beaucoup de choses les uns des autres. Pour ma part, j’ai le sentiment d’avoir énormément appris de Trystan, d’Alexey, de Mingjie… c’est vraiment important de se retrouver dans un groupe avec de si bons chanteurs.

T. L. G. : C’est en effet la première chose que j’ai remarquée : le premier jour, chacun de nous devait chanter un air devant les autres pour se présenter, et à chaque fois, je me disais : celui-ci est vraiment bon ! Il n’y a pas de maillon faible. Des liens d’amitié se nouent également, ce sera agréable de se croiser à nouveau sur de futurs projets. Qui sait, peut-être au Festival d’Aix…

J. A. : Après bientôt deux semaines passées à travailler ensemble de manière si intensive, nous avons l’impression de nous connaître depuis très longtemps, comme si nous formions déjà une petite compagnie. C’est formidable de rencontrer des gens qui viennent de différents pays et parlent toutes sortes de langues : l’anglais, le polonais, le français, le russe… et même le gallois dans le cas de Trystan ! Nous sommes incroyablement différents, et, pourtant, nous avons tous le même but. C’est aussi une bonne expérience parce que dans nos carrières nous serons amenés à travailler avec des artistes de nationalités différentes.

Ce soir, vous allez donner votre dernier concert ; que chanterez-vous ?

T. L. G. : Je chanterai Idoménée, un trio et un quatuor.

J. A. : Et moi, le rôle de Pylade dans Iphigénie en Tauride de Gluck. Ça fait un drôle d’effet de penser que c’est déjà le dernier concert… Juste après, je pars pour l’Accademia Domenico Cimarosa en Toscane, ce n’est donc que le début d’un long voyage, mais j’ai le sentiment d’avoir puisé ici toute une énergie que je vais pouvoir mettre à profit pour la suite !

Propos recueillis par Marie Lobrichon

Aller voir le concert de clôture de la résidence Mozart de l’Académie 2015, le 27 juin à 21h30