— Au festival

Publiée le 2 juin 2021

LE JAZZ ET LA MÉDITERRANÉE

Sophie Alour
© Elodie Winter

Cairo Jazz Station
Sophie Alour en sextet — Joy

 

La Méditerranée sépare moins qu’elle ne relie. Le Festival d’Aix en Provence l’a démontré à travers trois collaborations avec le compositeur palestinien Moneim Adwan, entre 2014 et 2018. Ce concert s’inscrit dans la même perspective, mais sur un autre terrain : celui où se croisent le jazz et les musiques méditerranéennes. Cairo Jazz Station et le sextet de Sophie Alour offrent deux exemples des beautés diverses et singulières que peuvent produire ces rencontres.

L’originalité de Cairo Jazz Station, quatuor formé en 2015 lors d’une session de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, tient à la fusion de quatre univers musicaux. João Barradas : « Loris [Lari] et moi avons été formés à la musique classique et au jazz. Abdallah [Abozekry] est un jeune maître de musique égyptienne […]. Ismaïl, lui, a étudié avec le maître [turc] Mısırlı Ahmet […]. Nous développons notre style grâce à des séjours dans les villes où les musiques qui nous inspirent se sont développées : Lisbonne, Istanbul, mais aussi Paris. Nous y travaillons avec les maîtres qui y résident  ».

De la démarche d’apprentissage adoptée par l’accordéoniste, le joueur de saz (luth notamment pratiqué en Turquie) le contrebassiste et le percussionniste, résulte un savant mélange de rythmes turcs et égyptiens, de gammes en quarts de tons et d’harmonie européenne, le tout sur des compositions inspirées par le Fado et les standards de jazz.
La démarche de Sophie Alour est sensiblement différente. Tout part chez elle du son. « J’ai entendu le son du saxophone. Sans même le voir […], j’ai su que c’était ça que je voulais  ». Joy est né d’un même coup de foudre, cette fois pour le oud. « Je voulais y puiser une nouvelle inspiration plus qu’étudier la musique orientale, garder intacte cette fascination à l’égard de ces sonorités nouvelles. Mais pour moi, il a toujours été question de faire la musique que je connais : du jazz ».
Plutôt qu’une fusion du jazz et des musiques méditerranéennes, Joy met en scène un dialogue entre un quartet de jazz (saxophone, piano, contrebasse, batterie), le oud de Mohammed Abozekry et la derbouka de Wassim Halal. En résultent des compositions intenses et chaleureuses, teintées de rythmes et de sonorités issues des musiques turques, libanaises, égyptiennes… « et bizarrement en chemin, je me suis égarée dans les collines irlandaises. À force de me concentrer sur les mélodies fortes et le rythme, je suis revenue à l'écriture des musiques traditionnelles et comme elles se rejoignent beaucoup, les influences celtes de mon enfance en Bretagne sont ressorties. Ce que je trouve intéressant dans le cheminement d’une écriture, c’est son syncrétisme ! »

S’ouvrir aux autres pour mieux se retrouver : là réside la formule alchimique mise au point par Sophie Alour et Cairo Jazz Station.

 


1. Sauf mention contraire, les propos rapportés dans ce texte ont été recueillis lors d’entretiens menés par l’auteur avec João Barradas et Sophie Alour.
« Sophie Alour, au gré du vent » (https://www.agentsdentretiens.com/entretiens/sophie-alour-au-gre-du-vent/).