— Au festival

Publiée le 6 mai 2014

LE BEL CANTO : ANCÊTRE DE « THE VOICE » ?

© Gioacchino Rossini

Vous pensiez que le bel canto n’était qu’un autre nom pour l’opéra italien ? Détrompez-vous !

Généralement, les mélomanes emploient ce terme à propos des œuvres de trois compositeurs du début du XIXe siècle : Gioacchino Rossini, Vincenzo Bellini et Gaetano Donizetti. Mais les spécialistes de la question contestent vivement cette acception… Comme quoi, plaisir du chant n’est pas toujours synonyme de simplicité théorique ! Petite investigation autour d’un terme…

Le nom parle de lui-même : le bel canto, c’est l’art du “beau chant”. Et par le chant, il ne faut pas entendre la voix – cette expression naturelle – mais la manière de l’employer, de la plier à des exercices virtuoses.

Pour les spécialistes, cette notion remonte aux origines de l’opéra, à la période baroque où les compositeurs italiens définissent des codes esthétiques qui peu à peu s’érigent en règle à la fin du XVIIe siècle. Fi du réel et de la vraisemblance ! Avec le bel canto, on s’envole bien au-delà de la réalité concrète, on la sublime par les raffinements innombrables d’un chant virtuose. Tous les ingrédients de l’opéra doivent donc être subordonnés à ce dernier : les parties vocales laissent la part belle aux airs avec reprises, qui permettent les ornements les plus fleuris, l’orchestre se voit réduit au rang d’accompagnateur, et la mise en scène se limite souvent à un luxueux écrin pour les voix adulées. L’image la plus saisissante de cette primauté de la beauté vocale sur toute vraisemblance théâtrale est illustrée par le recours aux castrats – voix « contre-nature » s’il en est.

Mais que se passe-t-il donc au XIXe siècle, pour que le bel canto réalise un « come back » aussi spectaculaire, au point qu’on l’associe aujourd’hui instinctivement à cette période ? Un nom, un visage, une œuvre : Rossini. Avec le maestro de Pesaro, la notion prend un bain de jouvence. Les ornements sont désormais fixés à l’avance par le compositeur – la marge de manœuvre des interprètes se réduit d’autant –, l’orchestre acquiert une verve nouvelle, les rôles des jeunes premiers vont peu à peu échoir aux ténors tandis que les castrats se raréfieront – signe de l’évolution du goût plus que volonté farouche du musicien. Car au fond, le Rossini des opéras buffa et seria en italien reste fidèle à une conception belcantiste de l’opéra : “Je demeurerai toujours inébranlable”, écrit-il à Filippo Filippi en 1868, “dans ma conviction que l’art musical italien (particulièrement pour la partie vocale) est tout entier “idéal et expressif”, jamais “imitatif” comme le voudraient certaines grosses têtes de philosophes matérialistes.

Influencé par d’autres nouveautés, Rossini révisera ses principes dans ses opéras plus tardifs ; mais à l’époque du Turc en Italie, il est encore en pleine prodigalité belcantiste. Autant s’y préparer dès maintenant : à l’été 2014, la virtuosité vocale sera à l’honneur au Théâtre de l’Archevêché !