— Académie

Publiée le 10 juin 2016

La poésie, cœur battant de la mélodie

Concert Lauréats HSBC 2014
© Vincent Beaume

Amour et mort : ces deux lignes de force hantent la poésie romantique. Celle-là même qui inspira à Schubert et à ses successeurs leurs sombres mélodies... Entre ballades macabres et agonies amoureuses, c’est sur cette double thématique que les Lauréats HSBC Andri Björn Róbertsson et Edwige Herchenroder tissent leur récital - très justement intitulé D’amour et de mort - à découvrir les 10 et 11 juin dans AIX EN JUIN. L’occasion de s’abîmer dans l’univers poétique de Goethe, Heine et Andersen…

Le Roi des aulnes (Erlkönig) op. 1/3

Poème de Goethe mis en musique par Carl Loewe

Qui donc chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père qui chevauche, avec lui son enfant.
Il porte le garçon au creux de ses bras.
Il le tient fermement, il le tient bien au chaud.

« Mon fils, pourquoi caches-tu ton visage anxieux ?
– Père, ne vois-tu pas le Roi des aulnes, là-bas,
Le Roi des Aulnes avec sa couronne et sa traîne ?
– Mon fils, ce n’est qu’un banc de brume.

– Viens, cher enfant, viens avec moi !
Je connais mille jeux agréables,
Mille fleurs colorées t’attendent sur la rive,
Ma mère a mille habits, tous cousus de fil d’or.

– Père, Père, n’entends-tu pas,
Ce que le Roi des aulnes à voix basse me promet ?
– Calme-toi, mon enfant, calme-toi,
Ce n’est que le vent qui souffle dans les feuilles.

– Veux-tu, charmant garçon, veux-tu me suivre chez moi ?
Mes filles doivent déjà t’attendre,
Mes filles mèneront la ronde de la nuit
Et danseront, et chanteront et te berceront.

– Père, Père, ne vois-tu pas
Les filles du Roi des aulnes en ce sinistre lieu ?
– Mon fils, mon fils, je le vois bien,
Ce ne sont que les vieux saules et leur reflet grisâtre.
– Je t’aime, ta noble figure me plaît
Et si tu ne consens, j’userai de la force.
– Père, Père, voilà qu’il saisit mon bras,
Le Roi des aulnes me fait violence. »

Le père est pris d’effroi, il force son cheval,
Et dans ses bras il tient l’enfant tout gémissant,
Avec peine il parvient jusques à son domaine
Et dans ses bras, l’enfant était mort.

[Poème traduit de l’allemand par Caroline Barzilaï, Laurent Cassagnau et Claire Debard, A.C.I.]


Texte original:

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.

« Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ? »
« Siehst, Vater, du den Erlkönig nicht ?
Den Erlenkönig mit Kron und Schweif ? »
« Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. »

Du liebes Kind, komm, geh mit mir !
Gar schöne Spiele spiel ich mit dir ;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.

« Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ? »
« Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind :
In dürren Blättern säuselt der Wind. »

Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn ?
Meine Töchter sollen dich warten schön :
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.
« Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düstern Ort ? »
« Mein Sohn, mein Sohn, ich she es genau :
Es scheine die alten Weiden so grau. »

Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt.
« Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an !
Erlkönig hat mir ein Leid getan ! »
Dem Vater grauset, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not :
In seinen Armen das Kind war tot.

 

D'amour et de mort - le 10 juin à Ensuès-la-Redonne

D'amour et de mort - le 11 juin à Aix-en-Provence