— Au festival

Publiée le 27 mai 2014

LA MUSIQUE ORIENTALE INAUGURE AIX EN JUIN

Moneim Adwan avec le Choeur Ibn Zaydoun
© Aix en juin 2013 – Vincent Beaume

Placé sous le signe du voyage et des métissages, Aix en juin commencera cette année sur une note orientale. Avec La Colombe, le renard et le héron – fable mise en scène et en musique, entre chant et récit – le compositeur, chanteur et ‘ûdiste palestinien Moneim Adwan initie un projet collaboratif autour de fables tirées du grand recueil Kalila wa Dimna… Pour en savoir plus, la dramaturge Anne Le Nabour est allée l’interroger sur sa partition qui sera donnée pour la première fois en public le 31 mai. Une belle découverte en perspective!

Quel rapport entretenez-vous avec le Kalila wa Dimna ?

Moneim Adwan: Les fables du Kalila wa Dimna sont les premières histoires que j’ai entendues enfant et qui aient eu un réel impact sur moi. Aujourd’hui encore, elles continuent de me fasciner par leur capacité à délivrer des messages toujours d’actualité.

Comment le projet de mettre en musique La Colombe, le Renard et le Héron est-il né ?

M. A.: J’entretiens un lien particulièrement fort avec La Colombe, le Renard et le Héron et je me souviens très précisément du moment où mon professeur avait lu cette histoire en classe. À l’image des autres fables ajoutées au recueil par Ibn Al-Muqaffa, elle présente un caractère assez dramatique qui a rapidement suscité en moi l’envie de la mettre en musique.

Comment avez-vous procédé ?

M. A.: J’ai d’abord longuement réfléchi aux modes et aux sonorités à utiliser avant d’opter, tout au moins au début de la pièce, pour le mode majeur, un procédé d’écriture agréable aussi bien aux oreilles européennes que méditerranéennes. J’ai ensuite emprunté à plusieurs cultures en ajoutant, par-ci par-là, une touche de musique arabe, jazz ou encore classique. Le résultat est une partition de musique arabe moderne.

L’improvisation est-elle de mise ?

M. A.: Toute la musique est écrite même si, dans une certaine mesure, je laisse un espace de liberté aux musiciens et aux chanteurs, dans les solos notamment. Chaque représentation repose donc sur une base commune mais certains paramètres (respirations, tempos…) peuvent varier.

À quoi correspondent les passages solistes et les parties chorales ?

M. A.: J’ai choisi de confier les trois personnages de l’histoire à des solistes. Le Renard, que j’incarne, est à la fois fou et très intelligent. Doté d’une grande confiance en lui, il est aussi extrêmement patient. Quant à la Colombe, un peu naïve, elle pense à chaque fois pouvoir échapper au renard. C’est une victime que le Héron, tel un sage qui aide les autres mais ne sait pas se protéger, tente de conseiller. Enfin, je vois le chœur comme une voix intérieure susceptible de commenter l’action, un personnage de second plan dont la fonction est cependant capitale et qui confère sa richesse à la partition.

Propos recueillis par Anne Le Nabour