— Au festival

Publiée le 1 juillet 2022

KENT NAGANO : LE FESTIVAL D’AIX EST L’INCARNATION MÊME DE L’IDÉE DE FESTIVAL

Kent Nagano
© Felix Broede

Les 11 mars et 5 mai derniers, Timothée Picard, Conseiller artistique et dramaturge du Festival d'Aix-en-Provence, s'entretenait avec Kent Nagano qui dirige la création mondiale d'Il Viaggio, Dante de Pascal Dusapin du 8 au 17 juillet à Aix-en-Provence. Extrait de l'interview :

— TIMOTHÉE PICARD : Cette année marque votre retour au Festival d'Aix-en-Provence. Quel regard portez-vous sur celui-ci et sur la place qu’y occupe la création contemporaine ?
— KENT NAGANO : Le Festival d’Aix est l’incarnation même de l’idée de festival. [...] Aujourd’hui, ce concept s’est mondialisé : il y a des festivals partout. Mais ce qui rend ce festival si important, c’est qu’en tant que pionnier, à travers ses traditions et son histoire, on comprend mieux comment l’idée même de festival est née. Cela n’a rien à voir avec une démarche marketing ou le simple fait de réunir des artistes connus : tout cela est important bien sûr, mais ce n’est pas ce qui a fait naître les festivals. L’idée fondatrice était d’offrir au public la possibilité d’expérimenter le répertoire dans un contexte complètement différent du contexte habituel et d’interagir. Et, comme nous le savons, un contexte différent ouvre des perspectives différentes et permet une compréhension différente. C’est ce qui a eu lieu par exemple à Aix avec les opéras de Mozart : le fait de sortir de la routine quotidienne et de se trouver dans un environnement naturel, avec le théâtre en plein air en particulier, a permis et permet à chacun d'approfondir sa relation à certaines œuvres que l’on pensait familières.
Et c'est quelque chose de si important et de si essentiel que, s’il y a eu beaucoup d’imitations depuis, rien ne peut remplacer le premier festival : l’original. C'est pourquoi le Festival d'Aix est à mon sens si singulier et le sera toujours. Aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, nous avons tendance à penser que tout tourne autour de la consommation, que nous pouvons tout acheter. Mais il est impossible d’acheter ce statut d'original. De ce point de vue, la position historique d’Aix exerce toujours une grande influence sur ce que les autres festivals tentent de faire. En tout cas, il y a là pour moi une grande responsabilité : les gens se tournent vers Aix, regardent ce que fait le festival sous sa forme originale, pour définir à leur tour une identité et savoir comment dessiner l'avenir.
En un mot : pourquoi avons-nous des festivals ? La réponse est à Aix. À quoi doit ressembler le festival du XXIe siècle ? La réponse est : à celui d’Aix.

Traduction : Marion Schwartz