— Carnets de Bernard Foccroulle

Published on 31 mai 2013

JOURNAL DE BORD : MERCREDI 29 MAI

Le rythme des répétitions s’est fortement accéléré ces derniers jours ! Depuis lundi 26 mai, Patrice Chéreau a commencé ses répétitions à Aix, après avoir déjà passé une semaine à Berlin en avril avec plusieurs chanteuses, notamment Evelyn Herlitzius (Elektra), Waltraud Meier (Klytemnestra). Aujourd’hui, Adrianne Pieczonka (Chrysothemis) est arrivée à Aix et j’ai vu un bout de répétition de la scène entre Elektra et Chrysothemis : c’est impressionnant de sentir la force expressive qui se dégage de ces femmes, de leur présence. Chéreau travaille avec une infinie sobriété le rapport de ces deux sœurs si différentes et si proches à la fois. On sent une formidable complicité entre ces artistes… Le regard de Patrice, son empathie, l’intensité de sa communication avec ses interprètes, tout est si fort qu’on a l’impression de vivre un moment hors du commun. Et ce n’est qu’une répétition…

Le même jour, Jean-Yves Ruf et Leonardo García Alarcón commençaient leur travail avec les chanteurs d’Elena de Cavalli. Un travail proche d’une création, puisque cet opéra n’a jamais été remonté depuis le 17e siècle, excepté en partie dans une université américaine. Parmi les jeunes chanteurs qu’Alain Perroux a réunis, beaucoup sont très familiarisés avec le chant baroque et ont participé à des productions prestigieuses. Ils vont ici travailler en parallèle la partition vocale avec Leonardo et ses assistants, la diction italienne du 17e siècle avec Guillaume Bernardi, la mise en scène avec Jean-Yves Ruf…

Aujourd’hui, ce sont les premières répétitions musicales de Don Giovanni sous la direction de Marc Minkowski. La distribution est entièrement renouvelée par rapport à celle de 2010, à l’exception du Leporello de Kyle Kettelson (notre Figaro de 2012) et du Commandeur d’Anatoli Kotscherga. Ce sera pour Dmitri Tcherniakov et ses assistants Torsten Cölle et Gilles Rico l’occasion de retravailler très en détails sa mise en scène qui avait éveillé des réactions très vives en 2010. Je me réjouis beaucoup de ce retour, sachant que menée dans de bonnes conditions, une reprise permet aux artistes de mûrir et d’approfondir leur travail, et aux spectateurs de revoir les choses de manière renouvelée. N’avons-nous pas fait maintes fois l’expérience d’un changement de point de vue sur une production après l’avoir revue ? Ce renouvellement du regard participe de la vie des œuvres d’art.

A Venelles, Robert Carsen met en scène le quatuor de l’acte III de Rigoletto. Il est précis, rapide, l’atmosphère est très concentrée. Il dessine une scène puis la travaille en détails, corrige un mouvement, explique un détail du texte. La semaine dernière, les éléments du décor étaient encore épars dans les ateliers de construction et de décoration. Les voici maintenant assemblés sur la scène de l’Archevêché. De mon bureau (vue magnifique sur le théâtre !), j’entends et j’aperçois le travail des équipes de scène qui, en l’espace de quelques heures, font des merveilles sur le plateau.

Le Festival donne désormais l’impression d’une ruche. C’est sans doute la période la plus ouverte, la plus riche en promesses, l’une des plus passionnantes à vivre.