— Au festival

Publiée le 18 juillet 2013

JOELLE HARVEY, INCANDESCENTE ZERLINE

© Patrick Berger / ArtcomArt

Lumineuse, brillante, émouvante et ardente, la soprano américaine Joelle Harvey possède à la fois tout les charmes de la jeunesse et toutes les qualités d’une chanteuses accomplie. Après des débuts à Aix-en-Provence en 2011, où elle interprétait le rôle-titre d’Acis et Galatée de Haendel, elle revient cette année au Festival pour incarner une Zerline irrésistible…

Comment ressentez-vous le fait de revenir au Festival d’Aix-en-Provence après Acis et Galatée, cette fois-ci sur la scène du Théâtre de l’Archevêché ?

C’est formidable! Et je me rends compte que cela arrive de plus en plus, que de jeunes chanteurs en lien avec l’Académie reviennent ensuite au Festival d’Aix pour des productions plus importantes. Je pense d’ailleurs que le travail effectué par le Festival, avec l’Académie européenne de musique, est très intelligent : ils attirent à eux de jeunes artistes à qui ils savent qu’ils pourront faire appel dans le futur, et à qui cette première expérience donnera envie de revenir. Et en effet : c’est génial d’être de retour ! Je trouve incroyable de chanter à l’Archevêché, on ressent vraiment que cette scène a quelque chose de spécial dans ce Festival.

Qu’est-ce qui vous a poussée à accepter de reprendre le rôle de Zerline dans Don Giovanni, dans une mise en scène déjà donnée il y a trois ans au Festival ?

Avant de me décider, j’ai regardé quelques clips sur Youtube. La direction du Festival m’a notamment envoyé le clip où Leporello soulève le tee-shirt de Zerline, pour s’assurer que ça ne me poserait pas de problème ! C’est donc la première chose que j’ai vue de cette mise en scène [rires]… Cette interprétation m’a avant tout semblé très intéressante en raison de l’idée très différente qu’elle propose de l’opéra, par rapport à ce qu’on est accoutumés à voir. Je sais que certaines personnes l’ont adorée, et que d’autres l’ont détestée ; pour ma part, je pense justement que si une œuvre d’art (qu’il s’agisse de musique ou d’autre chose) suscite des réactions aussi fortes chez les gens, c’est qu’elle propose quelque chose de valable. Si le public reste indifférent, quel est l’intérêt ? Par ailleurs, j’adore chanter Mozart et Zerline était un rôle dans lequel je me sentais en confiance. Il m’a donc semblé que c’était le rôle idéal pour sauter le pas et chanter sur la scène du Théâtre de l’Archevêché.

Quel est l’aspect de votre travail avec Dmitri Tcherniakov qui vous a le plus marquée ?

Au début, j’avais un peu d’appréhension : je voulais faire ce que Dmitri voulait, puisque c’est son spectacle, mais je ne me sentais pas non plus très à l’aise avec le fait de reprendre exactement ce qui avait été fait il y a trois ans. Kerstin Avemo, qui interprétait brillamment Zerline en 2010 lors de la création du spectacle, est très différente de moi – physiquement aussi… J’ai beaucoup apprécié que Dmitri me laisse faire ce que ma voix et mon corps me permettent, même si bien-sûr il était naturel qu’il cherche à se rapprocher du personnage tel qu’il l’avait créé. Si le résultat est différent, il a su respecter cela et je crois qu’il l’apprécie : pour moi, c’est un petit triomphe ! Je pense aussi que c’est formidable qu’une production comme celle-là puisse continuer à vivre et à évoluer, même avec d’autres artistes. Dans beaucoup de reprises, on se contente de vous dire « reste ici, va là-bas ». C’était très agréable de pouvoir changer les choses, de les remodeler. Cela permet de rester dans un processus créatif !

Si vous deviez participer à nouveau à une reprise, quelle est la production passée dans laquelle vous aimeriez chanter ?

La production de Theodora à Glyndebourne, par Peter Sellars. Ce serait mon rêve! Je regarde en boucle des extraits de ce spectacle sur Youtube. J’aime beaucoup chanter Haendel, et cette production est très particulière, très stylisée et chorégraphiée. Ce doit être un spectacle très difficile à répéter, mais il est tellement beau… même sur Youtube, je le trouve incroyablement émouvant !

En tant que jeune chanteuse, quelle est la personne ou le personnage qui vous inspire le plus ?

Peut-être à cause de cette production de Glyndebourne, je dirais que c’est Lorraine Hunt-Lieberson, la mezzo-soprano qui y interprétait le rôle d’Irène. Je la trouve incroyablement inspirante, tout ce qu’elle chante vous arrive droit au cœur. Il y a aussi le personnage de Suzanne dans Les Noces de Figaro, tout particulièrement dans l’interprétation qu’en donne Cecilia Bartoli, dans une production incroyable des années quatre-vingt-dix au Metropolitan de New York, que j’ai vue sur Youtube. A première vue, on ne penserait pas forcément à elle pour ce rôle, mais son interprétation est tellement drôle, vive et intelligente… alors oui, je dirais que Cecilia Bartoli est aussi une source d’inspiration !

Si ce n’est pas indiscret… quelle est votre playlist du moment?

J’écoute essentiellement de la musique pop ou des chansons à textes d’auteurs-compositeurs. On peut dire qu’il y a chez moi de la musique à longueur de journée ! En ce moment, pour vous donner quelques noms, j’écoute Billy Joel, mais aussi Pink, Regina Spektor… J’aime tous les genres de musique, des choses très différentes, sauf peut-être le rap… mais je dois avouer que je n’ai pas vraiment essayé de m’y mettre ! [rires]

LIEN VERS LE SITE INTERNET DE JOELLE HARVEY

DON GIOVANNI EN IMAGES

VIDEO DE PRESENTATION DE DON GIOVANNI

VIDEO DE L’AIR “LA CI DAREM LA MANO” (2010)

VIDEO D’ACIS AND GALATEA (2011) AVEC JOELLE HARVEY