— Au festival

Publiée le 6 juillet 2019

[ JAKOB LENZ ] LA PRESSE EN PARLE

© Patrick Berger / artcompress

LES ÉCHOS 

Un spectacle très fort.
Andrea Breth travaille aussi les contrastes, entre la rude réalité de la tragédie de Lenz et son imaginaire, sans toujours les distinguer. Paradoxalement, sa mise en scène de cet univers trouble et agité évoque souvent, par son dépouillement et ses teintes pâles à dominante grise, bleue et verte, la peinture si silencieuse de Hammershøi. La figure de Lenz prend progressivement une dimension christique, l'artiste se sacrifiant pour l'humanité. La beauté plastique des images cède alors la place à une représentation impitoyable de la déchéance physique et mentale.
Le rôle-titre est certes gratifiant, car omniprésent et sollicité sans cesse dans des registres extrêmement variés, du parlé au chanté, de la supplication au cri. Mais il faut avoir le tempérament, les épaules, l'endurance et la voix pour relever un tel défi. Le baryton autrichien Georg Nigl possède toutes ces qualités et reçut, à raison, un accueil triomphal. Plus qu'une performance, il réussit une interprétationd'une bouleversante intensité. A ses côtes, l'Oberlin de Wolfgang Bankl et le Kaufmann de John Daszak ne sont pas en reste. Ingo Metzmacher restitue à cette partition sa force d'électrochoc avec le secours d'un Ensemble Modern toujours aussi impressionnant de virtuosité et d'un sextuor vocal impeccable. Une heure et vingt minutes, une poignée d'instruments et de chanteurs auront suffi à laisser le spectateur KO.

 

LA CROIX

Créé en 1979, Jakob Lenz de Wolfgang Rihm accompagne la détresse et les visions d’un poète en proie à la folie. Dans le rôle-titre, le baryton Georg Nigl subjugue par la ductilité de sa voix et la puissance de son incarnation.
Avec son instrumentation resserrée (violoncelles, clavecin, vents, cuivres et percussions) qui déploie cependant une stupéfiante palette de couleurs et de textures tutoyant sans cesse le monde des rêves et des cauchemars, la partition est sans doute l’une des plus belles qui se puisse entendre. L’Ensemble Modern nous la restitue dans toute sa richesse onirique, sous la direction parfaite d’Ingo Metzmacher.
Entre théâtre et danse, les attitudes et les gestes, appartiennent eux aussi à deux mondes, celui de la vie comme elle va et celui de la vie comme la désirent les âmes assoiffées d’absolu. Jusqu’à la scène ultime où, à trop vouloir souligner la démence et la terrifiante solitude de Lenz, la metteuse en scène troque l’émotion contre la démonstration. C’est d’ailleurs sans doute le point faible de ce spectacle en tous points impeccable : il impressionne plus qu’il ne touche.

 

LE FIGARO 

Mis en scène par Andrea Breth, le Jakob Lenz de Wolfgang Rihm touche au sublime.
Troisième première, troisième succès: jusqu’ici, carton plein pour Pierre Audi, nouveau directeur du Festival d’Aix-en-Provence. Certes, le Jakob Lenz de Wolfgang Rihm dans la mise en scène d’Andrea Breth n’est pas une production originale d’Aix, puisqu’elle a été créée à Stuttgart en 2014 et reprise à Bruxelles en 2015. Mais Audi tenait à en faire l’un des emblèmes de son entrée en fonction. Il a bien fait car il s’agit d’un des moments forts de ces dernières années. (…)
La metteuse en scène allemande épouse les méandres de l’esprit torturé du poète amide Goethe. ( …)
De la première image , un corps qui tombe, un cri : on est happé. Dès lors, le baryton autrichien Goerg Nigl, avec l’énergie du désespoir, soumet son corps et sa voix à toutes les tortures, avec un sens quasi christique du sacrifice : incarnation inoubliable, aussitôt destiné à entrer dans l’histoire des monstres sacrés de l’opéra.
 

LE MONDE 

« Jakob Lenz », le poète fou de Georg Nigl.
La mise en scène du premier opéra de Wolfgang Rihm par Andrea Breth a fait sensation à Aix-en-Provence, avec les musiciens de l’ensemble Modern dirigé par Ingo Metzmacher.
Véritable passage à tabac musical et psychologique, l’opéra de chambre, Jakob Lenz
, de Wolfgang Rihm (né en 1952) s’est imposé, ce 5 juillet, comme l’une des clefs de voûte du Festival d’Aix-en-Provence. C’était certes quelque peu attendu.(…) le Jakob Lenz de Georg Nigl est, sans jeu de mots, tout simplement dément. Tour de force vocal et théâtral qui voit le baryton autrichien couvrir tous les registres imaginables de la voix, du grand lyrisme d’opéra à la parole de théâtre, du Sprechgesang (parlé-chanté) au falsetto (voix de tête), du hurlement à l’onction, de l’intériorité à la fureur, livrant à lui seul un spectacle éprouvant, émouvant, terrifiant de vérité. A ses côtés, le touchant Oberlin de Wolfgang Bankl, pasteur compassionnel qu’accompagne le clavecin comme s’il émergeait d’une cantate de Bach, le Kaufmann diabolique de John Daszak, dont la tessiture tendue de ténor bouffe s’apparente à celle du capitaine de garnison, tourmenteur professionnel de Wozzeck. Sans oublier les fameuses « voix » qui dévorent l’esprit de Lenz, magnifique chœur de chambre, juste, sensible, homogène. Dans la fosse, les excellents musiciens de l’ensemble Modern ont pratiqué cette musique avec un naturel profond, gourmand et virtuose sous la direction sans concession, à la fois puissante et émouvante, expressive et dynamique d’Ingo Metzmacher, véritable double « instrumental » d’un monstre vocal nommé Georg Nigl.

 

LA PROVENCE 

Une performance choc.
Le rôle de Lenz offre un grand numéro lyrique pour Ferrari du chant et de la comédie. Bolide qui doit émouvoir, désespérer, terrifier, apitoyer, amuser et exaspérer non-stop, avec une palette vocale qui va du cri aux vocalises tarabiscotés, via le texte parlé et récitatif. De quoi briller donc à condition d’ailleurs le moteru de la Ferrari sous le capot. Le baryton Georg Nigl en a un, il le fait rugir et le reste de l’ »curie est à la hauteur : John daszak, James Platt, l’Ensemble Modern et le chef Ingo Metzmacher comme la mise en scène d’Andrea Breth. Si vous aimes les grosses baffes, allez-y…

 

OLYRIX 

Dans son interprétation, le baryton viennois Georg Nigl se confond avec le personnage de Jakob Lenz. Côté technique, la diction est ciselée, chaque phonème est travaillé, comme si le chanteur procédait au traitement électroacoustique de sa propre matière vocale. Le baryton "échantillonne" des bribes de falsettosprechgesangparlando (fausset, parlé-chanté, parlé), cri, écholalies (répétitions assurées pour leur part grâce à un metteur en onde), unifiées par une projection efficace, quelles que soient les étranges postures scéniques adoptées. Côté interprétation, il porte la pièce de toute sa présence vivante, vibrante, émouvante.

 

DESTIMED 

Pour cet opéra de chambre, Wolfgang Rihm a composé une partition riche et stylistiquement variée idéalement servie, à Aix, par l’excellent Ensemble Modern sous la direction musicale précise et dynamique d’Ingo Metzmacher. Jakob Lenz est, sans conteste, notre premier coup de cœur de cette 71e édition du Festival d’Aix-en-Provence.

 

SCÈNE WEB 

Au Grand Théâtre de Provence, Andrea Breth reprend sa lecture radicalement noire et secouante de Jakob Lenz de Rihm. La metteuse en scène allemande s’attache à montrer sans concession la violence et la déchéance du personnage éponyme.
Depuis la création du spectacle, c’est Georg Nigl qui incarne puissamment le personnage de Lenz. Il est phénoménal. Scéniquement, corps à moitié nu et esprit fortement dérangé en proie au délire dans un jeu hyperbolique absolument stupéfiant, incandescent ; et vocalement, repoussé dans les extrêmes retranchements d’une ligne de chant ardue et fortement heurtée, qui confine parfois au gémissement rauque et au hurlement perçant. Malgré les difficultés retorses de la partition, il se montre aussi à l’aise dans le parler que le chanter. Il est aussi fort bien secondé par Wolfgang Bankl et John Daszak qui tiennent respectivement les rôles d’Oberlin et de l’horrible Kaufmann. Glissant dans l’univers sordide et blafard d’un asile de fous, Lenz évolue en caleçon, puis en camisole, autour d’une sceau rempli d’excréments dont il s’enduira le torse et le visage et d’un lit en fer blanc. La torture et la désolation atteignent leur apogée dans la violence et la crudité.