— Académie

Publiée le 5 septembre 2012

IMPRESSIONS D’UNE TOURNÉE AU MAROC

Le Quatuor Girard raconte :

“Lorsque nous apprenons que nous sommes invités à nous produire au Maroc, c’est véritablement un rêve qui semble se concrétiser pour nous.

Neuf villes marocaines nous attendent : Marrakech, Agadir,   Essaouira, Kenitra, Rabat, Meknès, Tanger, Tétouan et Oujda… et toute cette tournée en quinze jours ! Le rythme s’annonce intense mais nous prenons l’avion heureux de découvrir le Maroc (nous ne connaissions pas encore ce pays dont on nous disait tant de bien) et de vivre une aventure musicale nouvelle. Comment nous, interprètes, saurons-nous créer des liens avec un public de culture différente ? Comment ce public, nouveau pour nous, nous accueillera et nous comprendra ?

Arrivés sur le sol du Maroc, deux employés de l’Institut français très sympathiques nous amènent à destination de notre lieu de concert, le très joli Riad de Denise Masson. Notre premier concert au Maroc se réalise dans un cadre vraiment magique. Une petite scène est installée pour nous au milieu de la cour. Tapis, coussins, fauteuils sont mis à disposition du public. Notre concert a lieu à 20h. De très belles lumières ne font qu’apporter plus d’intimité et de poésie à notre salle de concert. Les murs du Riad apportent une certaine qualité acoustique qu’on a généralement très peu dans les concerts en plein air. Un léger vent accompagne agréablement le son de notre quatuor sans trop déranger nos partitions… Quel plaisir de jouer Ravel dans ce lieu ! Les couleurs de ce compositeur français sont en pleine harmonie avec les couleurs qui nous entourent ce soir. L’attention du public nous impressionne. Pas un bruit ! Des enfants dansent et miment notre musique. A l’entracte certains d’entre eux s’approchent de nous sans appréhension et semblent émerveillés par le son que peut produire nos instruments. Nous sommes très touchés par les propos de certains de nos auditeurs à la fin de notre concert. L’un deux, âgé d’une trentaine d’années, vient nous dire  qu’il avait assisté au concert le plus magique de sa vie !

Après ce premier concert rempli d’émotions, nous partons pour Agadir. Nous jouons dans une salle de l’Institut français. L’ambiance n’est plus celle du Riad de Denise Masson. L’acoustique n’est pas facile. Mais nous sommes à nouveau fascinés par la qualité d’écoute du public. Le silence est total et des dizaines de paires d’yeux sont rivées sur nous. Des enfants, au premier rang, nous écoutent pleins d’attention.

Le lendemain soir nous jouons à Essaouira dans le cadre du Printemps des Alizés. Le concert  a lieu dans le Riad Dar Souiri, centre socioculturel de la ville d’Essaouira. Différentes personnalités marocaines sont présentes dont André Azoulay, Conseiller du Roi du Maroc. Le public a l’air enthousiaste. Le lendemain de ce concert, nous profitons d’une journée off pour visiter Essaouira.  Dans cette belle ville marocaine que nous découvrons émerveillés, des personnes dans la rue ou à la fenêtre de leur maison nous félicitent chaleureusement. Une journée touristique que nous n’oublierons pas !!!

Nous nous installons ensuite à Rabat pour quatre jours. Durant ce petit séjour à Rabat, nous faisons un aller-retour à Kenitra. L’Institut français s’attend à peu de monde car nous sommes à la veille du 1er mai. Mais nous sommes agréablement surpris et jouons dans une jolie salle assez bien remplie. La rencontre avec le public à la fin du concert est émouvante. De jeunes marocains désirent des photos !

1er mai : journée sans travail !
Nous passons la journée avec des personnes que nous avons rencontrées durant nos derniers concerts et qui vivent à Rabat. Nous avons donc une belle visite guidée de la ville.
Nous tentons de faire la publicité de notre concert. Mais nous avons le désavantage de jouer le soir même du face à face Hollande-Sarkozy… et les Marocains semblent très intéressés par la politique française !!
Nous jouons dans une très belle salle de la bibliothèque nationale de Rabat. Petite surprise qui nous fait sourire : sur scène, 4 beaux fauteuils avec un micro devant chacun d’eux ! Nos régisseurs qui savent peu parler français ont peine à comprendre que nous avons besoin seulement de 4 chaises…
Le nombre d’auditeurs n’est pas si catastrophique. L’acoustique de la salle est très agréable.

Nous donnons le lendemain soir un concert à Meknès. Le public marocain nous a impressionnés, durant nos 5 premiers concerts. Il nous semblait même n’avoir eu que très rarement des salles aussi attentionnées.  Mais ce soir, c’est un peu la déception. Les téléphones sonnent. Un groupe de jeunes gens rentrent dans la salle durant le mouvement lent du quatuor de Ravel. Des personnes parlent. Nous appelons les gens à nous écouter en silence. Peut-être avons-nous pu finir notre concert avec plus de calme dans la salle.

Nous partons le lendemain matin pour Tanger. Nous n’aurons pas eu le temps de visiter Meknès (nous avons eu cependant le soir de notre concert une petite compensation en recevant l’invitation d’un Marocain, propriétaire d’amandiers qui nous a servi un délicieux repas marocain…!).
A Rabat, notre concert clôture une journée du Salon du Livre. Beaucoup d’écrivains et d’éditeurs reconnus composent une grande partie de notre public. Mais l’ambiance de la salle nous étonne encore ce soir… A la fin de notre concert, l’un de nos auditeurs nous raconte qu’une personne assise à côté de lui disait ne pas comprendre notre musique qui n’était pas de sa culture. Mais nous avons aussi entendu dire qu’il est impossible d’aller au cinéma au Maroc tant les spectateurs font du bruit ! En fait, nous constatons que l’attitude des Marocains n’est pas la même partout puisque le silence dans la salle de nos premiers concerts était totale.

Nous rencontrons le même problème le lendemain soir à Tétouan. Il n’est pas facile pour nous de nous concentrer. Mais après un discours pour appeler au silence, la salle se calme. Nous n’entendons plus les bavardages… Certains auditeurs très mélomanes, aussi gênés que nous, nous en remercient chaleureusement.
Après une journée de voiture sur des routes assez redoutables par leur entretien mais magiques par les paysages et les couleurs qu’elles nous offrent, nous jouons, deux jours après notre concert à Tétouan, à Oujda, dans un très joli Riad recouvert de bois. Le lieu est très inspirant. Nous sommes toujours confrontés à un public turbulent. Mais nous constatons à la fin de notre concert que beaucoup ont été touchés par notre musique et particulièrement des jeunes marocains. L’une de nos auditrices nous conseille de prendre un répertoire plus connu pour captiver plus notre public… Certes le répertoire du quatuor à cordes semble peu accessible pour certains. Mais il ne s’agit pas de faire des généralités. Nous avons pu constater aussi que des personnes peu habituées à la musique classique ont su être bouleversées par les quatuors de Ravel, Mendelssohn et Beethoven.

Cette tournée au Maroc a donc été pour nous une expérience fabuleuse. Elle a été riche en émotions et en réflexions.
Des contacts très enrichissants ont pu se créer. L’accueil chaleureux des Marocains et des Instituts français nous ont beaucoup touchés.

Nous remercions tous ceux qui ont mis en place ce grand projet et ont organisé le déroulement de cette tournée. Grâce à eux, nous avons pu vivre quinze jours uniques !”

Quatuor Girard
Lauréats HSBC 2011