— Carnets de Bernard Foccroulle

Published on 5 mai 2015

IL Y A CENT ANS DÉBUTAIT LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN

Un peu partout dans le monde ont débuté les célébrations du centenaire du génocide arménien. De manière étonnante, scandaleuse, la reconnaissance de ce génocide pose encore problème, non seulement en Turquie mais dans de nombreux pays, notamment européens.

On sait l’importance du processus de deuil sur le plan individuel. Il en va de même sur le plan collectif : les Arméniens de par le monde sont en droit d’espérer une reconnaissance de ce génocide qui leur permette, un siècle plus tard, de faire leur deuil collectif et de guérir les blessures anciennes, et celles imprimées dans leur mémoire collective par un trop grand silence de la communauté internationale.

Dans ce processus, les artistes ont un rôle important. Des artistes arméniens ont pu témoigner à travers leur œuvre, ils ont ainsi pu transmettre leur témoignage aux générations futures. De manière tout aussi importante, l’appel de certains artistes turcs, tels l’écrivain Omar Pamuk, à reconnaître ce génocide est un geste fraternel de solidarité et d’empathie.

La Turquie a sans doute autant besoin de passer par cette reconnaissance que l’Arménie. Pour d’autres raisons, certes : tant que l’effort de reconnaître le génocide n’aura pas été accompli, il restera au cœur de la nation turque une blessure, un non-dit, une culpabilité rentrée, qui ne pourra pas se refermer, et qui pèsera lourdement sur son devenir. La Turquie se grandira de regarder en face son passé, d’en tirer les leçons qui l’aideront à affronter son avenir dans une sérénité retrouvée.

Pour les autres nations, cette reconnaissance est également cruciale : le vingtième siècle a été marqué par une série sans précédent de génocides, et nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles éruptions catastrophiques causées par les nationalismes, les conflits religieux et idéologiques.

Se souvenir du million et demi de victimes du génocide arménien, c’est donc faire acte de résistance, contre l’oubli, contre l’indifférence, contre la répétition des mêmes cauchemars.

Le Festival s’associera à ce travail de mémoire en proposant deux concerts et deux masterclasses (voir ci-dessous).

Bernard Foccroulle, Directeur général du Festival d’Aix-en-Provence

Master class de doudouk
Araïk Bartikian fait découvrir le doudouk, hautbois arménien aux sonorités douces et graves.
Samedi 13 juin 2015 à 12h à l’hôtel maynier d’oppède – accessible avec le Pass

Quintette à vent
Arrangements pour quintette à vent et doudouk d’airs populaires arméniens
Le Quintette à vent de Marseille et le grand doudoukiste Araïk Bartikian proposent une découverte de l’Arménie dans la pureté du souffle des vents, à l’occasion des commémorations du centenaire du génocide arménien : plongée dans la culture arménienne à travers de grands compositeurs tels que Komitas, Khatchaturian, Aroutiounian, mais aussi Arthur Aharonian ou Vache Sharafyan, créateurs contemporains.
Programme :
Komitas Miniatures (transcription pour quintette à vent), Le Foulard rouge, Le Ciel est couvert de nuages, La Danse d’Echmiadzin
Aram Khatchaturian Suite symphonique n°3 extraite de Gayaneh, Danse du sabre(transcription pour quintette à vent)
Alexandre Aroutiounian Suite d’airs populaires arméniens pour quintette à vent, Chant du matin, Chanson à boire, Lamentation, Procession nuptiale
Arthur Aharonian Contes russes (création)
Vache Sharafyan Esquisses nostalgiques, Improvisations au doudouk
Lundi 15 juin 2015 à 21h30 à l’hôtel maynier d’oppède – accessible avec le Pass

Master class de compositeur
Arthur Aharonian livre les secrets de la musique arménienne.
Lundi 15 juin 2015 à 12h à l’hôtel maynier d’oppède – accessible avec le Pass

Ensemble Musicatreize -« Ciné concert »
Direction musicale : Roland Hayrabedian
Orchestre : Ensemble Musicatreize

Les Saisons (1972) – film d’Artavazd Pelechian
Création mondiale de deux pièces a cappella de Michel Petrossian

En souvenir du génocide arménien qui débuta en 1915, Musicatreize s’inspire du film Les Saisons d’Artavazd Pelechian. Ce film sans paroles, d’une durée de 35 minutes, présente de façon poétique la paysannerie arménienne à travers les saisons, des crues du printemps à la transhumance hivernale. Un prélude et un postlude pour douze voix a cappella ont été commandés au compositeur franco-arménien Michel Petrossian, de façon à encadrer musicalement le film dans son déroulement, sans jamais toucher à sa puissance émotionnelle. Un hommage au « Paradis perdu » de ces 800 000 apatrides, partis il y a un siècle à travers le monde.
Lundi 13 juillet 2015 à 20h à l’auditorium du conservatoire Darius Milhaud