— Passerelles

Publiée le 16 juillet 2013

“THE HOUSE TAKEN OVER (…) CRÉE AVEC PRESQUE RIEN TOUT UN MONDE”

Répétition de The House Take – Festival d’Aix-en-Provence 2013
© Patrick Berger / Artcomart

Judith Lebiez, étudiante à l’ENS Paris III, nous livre ses impressions sur The House Taken Over

“The House Taken Over, premier opéra du jeune compositeur Vasco Mendonça, crée avec presque rien tout un monde. Deux chanteurs ; un orchestre de treize musiciens, et un dispositif scénique qui tire à merveille partie des possibilités qu’offre le superbe domaine du Grand Saint Jean pour nous donner à voir le salon et l’entrée de la maison de famille où toute l’action se déroule. Un frère et une sœur d’âge moyen vivent là, seuls avec leurs souvenirs – seuls, vraiment ? D’emblée, un climat d’étrangeté s’installe, troublant le calme de cet intérieur bourgeois ; le claquement d’une porte suscite chez les protagonistes une angoisse qui semble de prime abord démesurée, et la musique excelle à produire des sons irréductibles au connu. Une présence mystérieuse semble habiter la maison ; elle n’est suggérée que par les moyens les plus simples : un courant d’air, une poupée qui tombe, une lumière qui clignote, et les frémissements de l’orchestre ; jamais elle ne prendra réellement forme. Pour le frère et la sœur, cette présence est cependant bien réelle ; ils la fuient, condamnant les pièces qu’elle a envahies jusqu’à se réfugier sous le porche. Ce caractère fantastique n’est que le masque pris par l’opéra pour nous conter la difficulté qu’ont les enfants, même lorsqu’ils ont atteint l’âge adulte, à faire le deuil du cocon familial. C’est leur passé qui a envahi ces deux êtres jusqu’à les rendre incapables de vivre ; lorsque le salon est condamné par les protagonistes, il reste offert aux regards du public qui y voit tomber la seule manifestation de cette mystérieuse présence : un filet de poussière, par lequel le passé se matérialise.

L’opéra ne se contente pas de créer une atmosphère oppressante ; souvent c’est le rire qui succède à l’effroi, notamment lorsque les protagonistes s’acharnent à reproduire les mêmes rituels dans un espace où toutes les dimensions sont réduites. La mise en scène de Katie Mitchell respecte ces multiples dimensions et manifeste ainsi toute l’humanité de l’œuvre. Sa direction d’acteurs est d’une précision exemplaire : le moindre geste est justifié, les acteurs sont crédibles de bout en bout ; jamais un regard trop évidemment dirigé vers le chef d’orchestre ne vient parasiter le jeu, alors même que la partition est d’une grande difficulté. On en oublierait qu’ils chantent, s’il n’y avait la beauté de leurs phrases.

Cet opéra de chambre parle ainsi à tous. Les personnages sont de plus en plus attachants au fil de l’œuvre ; nous partageons leur angoisse et prenons part à leur libération finale, tout en méditant sur nos propres envahissements intérieurs. Du grand théâtre, et une musique qui promet à son compositeur un bel avenir.”

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