— Au festival

Publiée le 7 septembre 2020

HOMMAGE À LA SOPRANO FRANÇAISE CHRISTIANE EDA-PIERRE (1932-2020)

Gabriel Dussurget et Christiane Eda-Pierre, 1979 © Henry Ely
© Henry Ely

La soprano martiniquaise Christiane Eda-Pierre, l’une des plus belles voix de la seconde moitié du XXe siècle, et la première diva noire française de notoriété internationale, vient de nous quitter. Son répertoire n’aura cessé de s’élargir, allant du baroque (Monteverdi, Rameau) à la création contemporaine (Chaynes, Messiaen) en passant par le bel canto (Bellini, Donizetti) et l’opéra français du XIXe siècle (notamment Berlioz), suivant l’épanouissement naturel d’une voix radieuse mais étoffée, de plus en plus lyrique sans jamais perdre sa colorature, sa ligne de chant et sa musicalité hors pair. Parmi les jalons importants de cette carrière prestigieuse et éclectique, on peut notamment citer sa participation aux Contes d’Hoffmann mis en scène par Patrice Chéreau à l’Opéra Garnier en 1974 (Antonia), au Rigoletto avec Luciano Pavarotti donné à Central Park devant 250 000 personnes en 1976 (Gilda), ou à la création du Saint François d’Assise de Messiaen en 1983 (l’Ange).

Mozart en fut cependant l’épine dorsale ; nulle surprise, dès lors, à ce qu’elle entretint pendant près de vingt ans des liens privilégiés avec le Festival d’Aix-en-Provence. Gabriel Dussurget avait en effet pour habitude de recruter dès la sortie du Conservatoire de belles et jeunes voix pour les chœurs. Si un talent se confirmait, alors il les faisait débuter dans de petits rôles et accompagnait l’épanouissement de leur carrière. Ce fut le cas pour Christiane Eda-Pierre, tout comme pour Nadine Denize ou Roger Soyer : ainsi, elle fut d’abord Papagena en 1959, puis Reine de la Nuit mais aussi Musica et Euridice dans l’Orfeo de Monteverdi en 1965, Isabelle dans Le Carnaval de Venise de Campra en 1975 et enfin Alcina dans la production mythique de l’opéra de Haendel mise en scène par Jorge Lavelli en 1978. « J’ai vécu avec Alcina nuit et jour ! », confiera-t-elle au sujet de ce qu’elle considéra comme l’un de ses plus gros défis. « Parce que c’est un personnage absolument épouvantable mais qui à la fin, malgré tout, est racheté par l’amour. Quoi de plus beau ? »

On peut entendre et voir Christiane Eda-Pierre :