— Au festival

Publiée le 15 juillet 2022

HARAWI DE MESSIAEN AVEC JULIA BULLOCK & AMERICAN MODERN OPERA COMPANY

Julia Bullock
© Christian Steiner

Exprimer les souvenirs vivants par le corps — utiliser la répétition pour mieux comprendre — encourager l’improvisation — articuler des rythmes complexes — le mouvement et le son comme extensions l’un de l’autre — des fragments de mots sont prononcés — exprimer son environnement est une manière de s’en imprégner et de s’en nourrir.* Voici quelques-unes des valeurs intrinsèques du Harawi (Yaraví) traditionnel, musique andine encore présente au sein des différents peuples et cultures du Pérou, du Chili, de Bolivie, d’Équateur, et au-delà. C’est seulement à travers l’anthologie ethnographique de Marguerite et Raoul d’Harcourt qu’Olivier Messiaen eut connaissance du Harawi traditionnel andin, mais les mélodies et thèmes évoqués semblèrent alors lui permettre de comprendre pourquoi l’amour, la mort, l’absence et la présence sont des préoccupations humaines, et comment des réalités brisées peuvent laisser place à l’expansivité.

Les événements qui ont marqué la vie de Messiaen, tout comme ses relations et ses croyances, semblent s’immiscer dans ses œuvres, la plupart du temps grâce à des symboles et des associations explicites. Après avoir été fait prisonnier durant la seconde guerre mondiale, Messiaen, de retour chez lui, commence à écrire ce cycle de chants. C’est à cette même période que Claire Delbos – à la fois collègue musicienne, source d’inspiration et compagne – voit sa santé physique et mentale se dégrader progressivement, jusqu’à l’amnésie totale. Parallèlement, une nouvelle partenaire amoureuse entre dans la vie de Messiaen.

En s’appropriant des éléments des langues quechua et du Harawi traditionnel, le cycle de chants Harawi explore les dichotomies : la vie et la mort, la souffrance et la joie, la spiritualité et la sensualité, le sacrifice et la protection, l’accomplissement et la perte. C’est à travers le prisme de son propre deuil que Messiaen semble demander : comment rester proche de la personne que l’on aime quand tous les souvenirs de cette relation s’évanouissent et s’égarent ? Comment s’en remettre, et aller de l’avant ? Notre désir de présenter cette œuvre est né d’un intérêt instinctif pour ce que Messiaen exprime dans sa poésie et sa musique. Cependant, discuter avec les artistes Luz Zenaida Hualpa García et Karen Michelsen Castañon et savoir quelles épreuves traversait Messiaen au moment de l’écriture de cette pièce, nous a permis d’alimenter nos recherches et de découvrir de profonds liens de résonance. Nous nous réjouissons de poursuivre ces conversations et de vous montrer où elles nous ont menés.

Julia Bullock et Zack Winokur

*fragments et impressions tirés de conversations avec Luz Zenaida Hualpa García, danseuse et chorégraphe, et Karen Michelsen Castañón, artiste plasticienne.

Traduction : Marion Schwartz

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