Philippe Franceschi dirige le choeur des adolescents du “Monstre du labyrinthe”
Vincent Beaume

FESTIVAL CHORAL ACADÉMIQUE : LES COLLÉGIENS S’EMPARENT DU RÉPERTOIRE CONTEMPORAIN !

Lundi 13 avril 2015

« Pevamo ti pevamo »* : drôles de mots, chantés en chœur par près de 200 adolescents… Dans l’Auditorium du Conservatoire Darius Milhaud, les sonorités évocatrices résonnent, articulées par les voix fragiles ou assurées qui se superposent et s’entrelacent en canon. Brodant sur les motifs de la compositrice serbe Ana Sokolović, ces collégiens de la région aixoise en sont à leur dernière répétition avant leurs deux concerts qu’ils donneront mercredi 15 avril, dans le cadre du Festival Choral AcadémiqueUn événement qu’accompagne pour la première fois le Festival d’Aix et son service éducatif, avec une programmation résolument contemporaine inspirée de deux opéras au programme de sa prochaine édition : Svadba (Mariage) d’Ana Sokolović et Le Monstre du labyrinthe de Jonathan Dove…

« Cette collaboration est née du besoin de constituer un chœur d’adolescents pour le projet du Monstre », raconte Philippe Franceschi, le directeur musical du projet. « Cette partition prévoit la participation de plus de 120 jeunes ; seulement, il n’existe pas vraiment de pratique chorale pour cette tranche d’âge – si ce n’est dans les collèges ». D’où l’importance de ce partenariat avec le Festival Choral Académique, qui fédère chaque année de nombreux établissements de la région Aix-Marseille autour de projets d’envergure, pour familiariser les collégiens à la pratique du chant choral. Clarinettiste et chef de chœur, Philippe Franceschi contribue depuis plusieurs années déjà à cette manifestation, et coordonne également le chœur des adolescents du Monstre depuis janvier dernier. « Le concert de mercredi est une première étape avant juillet. Il nous a permis d’amorcer le travail sur la partition à partir de quelques extraits, avec ces jeunes parmi lesquels certains participeront au spectacle du Festival d’Aix… »

Pour compléter ce programme de concert, Philippe Franceschi a porté son dévolu sur un autre opéra contemporain à l’affiche du Festival d’Aix 2015 : Svadba. « Nous cherchions une écriture vocale plus contemporaine. Comme cela ne s’est pratiquement jamais fait avec les chorales académiques, c’était une sorte de défi… Svadba est un opéra a cappella, sans instrument, où le traitement de la voix est particulièrement intéressant ; en étudiant la partition, l’idée m’est venue d’en tirer des improvisations, en prenant comme support le langage musical d’Ana Sokolović. » Une musique largement inspirée de la tradition chorale des Balkans, que le chef de chœur connaît bien : « Ce sont des musiques que je pratique moi-même, et il m’a semblé intéressant de faire le lien entre ces traditions et l’écriture deSvadba. J’ai donc proposé aux jeunes d’aborder quelques chants traditionnels : un serbe, un hongrois, un bulgare, un grec, un arménien… on dépasse même les Balkans ! ». Défi linguistique, ou liberté musicale ? « Automatiquement, le fait d’entrer dans une langue étrangère nous permet de découvrir d’autres sonorités et de jouer avec les mots, sans devenir trop illustratif comme on aurait tendance à le faire en français. Chaque langue génère des sonorités, des rythmes, des accents toniques différents… c’est là que ça devient intéressant. »

Tout un programme de découverte, donc, pour ces jeunes choristes comme pour leur public, avec ce riche avant-goût du Festival d’Aix… Rendez-vous le 15 avril

*”Chantons, nous chantons”, extrait du livret de Svadba