— Carnets de Bernard Foccroulle

Published on 6 janvier 2016

En hommage à Pierre Boulez

C’est avec une intense émotion que nous avons appris la disparition de Pierre Boulez. Sa personnalité exceptionnelle aura marqué profondément la vie musicale de l’après-guerre. Compositeur, chef d’orchestre, théoricien de la musique, pédagogue, Pierre Boulez a également imprimé sa marque dans la politique culturelle, de la fondation de l’IRCAM à la Cité de la Musique et la Philharmonie de Paris.

Gabriel Dussurget l’invite en 1955 au Festival d’Aix-en-Provence pour y donner la création française du Marteau sans maître. En 1998, il est aux côtés de Stéphane Lissner lors de la refondation du Festival. Pour la première session de l’Académie européenne de musique, il parraine une classe de composition qui attirera une soixantaine de candidatures du monde entier. En 2000, à sa demande, le Festival ouvre sa programmation à la musique africaine et orientale, des gamelans balinais aux rituels de cour d’Extrême-Orient. Il dirige cinq concerts mémoires du XXème siècle.

En 1998, il dirige Le Château de Barbe-Bleue dans la mise en scène de Pina Bausch. Il revient à Aix en 2003 et 2006 avec Klaus-Michael Gruber pour diriger Les Tréteaux de Maître Pierre / Renard / Pierrot Lunaire. En 2006, il dirige la création de la nouvelle version de Dérive 2 à la tête de l’Ensemble Intercontemporain.

L’année 2007 voit une ultime et magistrale collaboration avec Patrice Chéreau pour le sublime opéra de Janáček De la Maison des Morts. L’image des deux artistes saluant ensemble pour la dernière fois sur scène nous accompagne. L’œuvre de Pierre Boulez, ses compositions,  ses enregistrements et ses écrits continueront à nourrir des générations d’artistes et de mélomanes.

Bernard Foccroulle

 

Quelle leçon de travail et quel privilège que d’avoir pu côtoyer Pierre Boulez lorsque Stéphane Lissner m’a demandé de le seconder pour le relancement du Festival. Son immense courtoisie et sa gentillesse, son intelligence et sa disponibilité ont été autant de repères pour aider à concevoir une Académie européenne de musique ambitieuse et juste et qui sur ses conseils exigeants et bienveillants a pu se bâtir sur les bases solides qui ont permis le développement que l’on connait.

Dès la première session en 1998, une académie de composition débutait six mois avant l’ouverture du Festival pour préparer avec les cinq compositeurs sélectionnés autant de maquettes d’opéras et de ballets, présentées dans la programmation. En 2000, Éclat/Multiples, par les altistes stagiaires de l’Académie et l’ensemble Intercontemporain, sous la direction de Pierre Boulez, avec cette même année sur les places d’Aix, les cornemuses qu’ils nous avait demandées d’inviter, et à la Cité du Livre, un gamelan indonésien pour un concert inoubliable.
Et puis ce sont aussi, surtout, les tous premiers rendez-vous entre Pierre Boulez et Klaus Michael Grüber pour préparer le triptyque Falla/Stravinski/Schœnberg, leurs conversations sur le théâtre d’ombres et de marionnettes.
Ce sont aussi des hélicoptères, l’un totalement inopiné au lever de rideau à la première du Château de Barbe-Bleue, l’autre pour fêter ses 80 ans après un déjeuner sous les platanes si plein d’amitié, dans la campagne aixoise…

Béatrice de Laage, Responsable de la coordination artistique