— Au festival

Publiée le 15 juin 2016

De Cape Town À Aix-en-Provence

Cape Town Opera Chorus
© DR

Des townships de Johannesburg au Philharmonique de Berlin en passant par Perth, Munich et Barcelone, le chœur de l‘Opéra de Cape Town fait escale au Festival d’Aix-en-Provence cet été. Focus sur ce chœur venu d’ailleurs.

Ils sont douze. 6 femmes et 6 hommes. 3 sopranos, 3 mezzos, 3 ténors et 3 basses. Tous viennent d’Afrique du Sud. Certains ont étudié l’opéra à l’Université de Cape Town, d’autres à Durban ou à Pretoria. Ils ont entre 24 et 40 ans et appartiennent au chœur de l’Opéra de Cape Town.

Arline Jaftha, à la fois soliste et assistante du chef de chœur, nous reçoit quelques minutes avant le début de la répétition de Così fan tutte de Mozart. « Le chœur est à la base composé de plus de chanteurs mais comme le Festival d’Aix représente un gros défi, seule la crème de la crème a été sélectionnée pour participer à ce projet ! » Aix ne représente-t-il pas « une belle opportunité d’exploration et de découverte en tant que chanteur ? » Repéré en 2012 par Sir Simon Rattle qui l’embarque dans une production de Porgy and Bess de George Gershwin, le chœur remporte, en avril 2013, le Prix du chœur de l’année aux International Opera Awards. « Lorsqu’on a appris qu’on allait passer deux mois à Aix et rencontrer des artistes fantastiques, on était surexcités ! »

Ce qui fait leur différence ? « Un esprit propre aux Sud Africains qui ne peut être trouvé ailleurs. Nous sommes vibrants, passionnés et nous aimons rire, et cela se ressent jusque dans nos performances. » Et puis, ils ont une tonalité vocale qui leur est propre. « L’entraînement choral fait partie de notre culture, on chante depuis qu’on est tout petits. C’est une sorte de don naturel et notre voix est forte et puissante.» Les douze chanteurs sont arrivés à Aix le 29 mai. Depuis lors, ils répètent six heures par jour. « Un timing habituel, mais ce qui a été difficile quand nous avons commencé les répétitions à l’Archevêché, c’était les horaires. On terminait vers minuit et demi. Nous n’étions pas habitués. » Heureusement, il y a des jours de relâches durant lesquels ils se retrouvent chez les ténors qui ont « la maison avec la meilleure vue, la plus belle terrasse et surtout, le barbecue ! » Si les débuts ont été un peu timides, la barrière de la langue n’a pas duré longtemps. Ils ont rapidement trouvé comment communiquer avec les autres sur le plateau. « Il y a une excellente relation avec l’ensemble du casting, mais aussi avec les équipes techniques. » Côtoyer des spécialistes du répertoire mozartien les inspire. « C’est galvanisant d’observer comment ces artistes polissent leur art et comment Louis Langrée se focalise sur la technique mozartienne. C’est un genre très délicat et nous avons peu de musiciens qui embrassent Mozart de cette manière en Afrique du Sud ! » Christophe Honoré n’en est qu’à sa troisième mise en scène d’opéra, « et c’est ça qui est super cool car il a une approche très vivante de Così. On a l’impression d’être assis dans un cinéma, pas à l’opéra ! » Une approche qui trouve un écho particulier auprès de ce chœur puisque, depuis quelques temps, il s’attache à travailler avec des metteurs en scène qui pensent différemment (Alessandro Talevi, Matthew Wild ou Brett Bailey). Quant à l’atmosphère sur le plateau : « Vous devriez la tester vous-même. C’est complètement fou ! ». Il est 18h30, il fait encore clair et le rideau se lève. La répétition commence. Les femmes du chœur s’emparent de la scène de l’Archevêché dans un grand éclat de rire. Six hommes leur répondent depuis les gradins. Ce sont leurs six collègues venus les soutenir.

Le Chœur de l’Opéra de Cape Town est à découvrir en concert le vendredi 17 juin à l’Abbaye de Silvacane, et lors de la soirée Parade[s] organisée sur le Cours Mirabeau le 26 juin. Il participe également à la production du Così fan tutte de Mozart au Théâtre de l’Archevêché du 30/06 au 19/07.

Saskia De Ville