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Publiée le 15 juillet 2019

CONCERT PYGMALION : MOZART

L’été 1788, Mozart compose une kyrielle d’ouvrages parmi lesquels une triade symphonique dont on ne connaît le commanditaire, mais qui semble avoir fait l’objet d’une demande pressante. La n°40 fait partie des trois dernières symphonies d’un compositeur jeune, mature et prolifique auquel il reste seulement trois années à vivre. Au vu du caractère tragique de cet opus, on peut légitimement se demander s’il n’en a pas déjà conscience… Nombreuses sont les épreuves qu’il vient par ailleurs d’endurer. La perte de deux de ses enfants nouveau-nés en moins d’un an, ainsi que le décès de son père Léopold marquent pour Mozart les prémices de l’effondrement d’un monde protecteur qui achèvera de voler en éclat à la mort de l’empereur Joseph II. Ce triptyque symphonique, curieusement calqué sur la trajectoire du compositeur, nous conduit de l’insouciance (n°39) à la grandeur triomphale (n°41) en passant par l’épreuve et la souffrance (n°40). Dans la littérature mozartienne, seules deux symphonies sont écrites dans le mode mineur (la n°25 et la n°40). Toutes deux sont en sol mineur, tonalité crépusculaire dans la veine du Sturm und Drang. Œuvre de la maturité, la symphonie n°40 reste encore aujourd’hui l’une des pièces les plus connues du compositeur, l’une des plus jouées au monde. Le premier mouvement est devenu un modèle pour bien des compositeurs (Schumann, Brahms, Schoenberg) tant sa construction formelle se révèle efficace. De forme sonate, ce mouvement se fonde sur l’opposition entre un premier thème aussi haletant qu’insistant en sol mineur que les premiers violons se chargent d’exposer, et un second thème plus enjoué réunissant cordes et vents. Le mouvement débouche sur la réexposition de ces thèmes en mineur, puis en majeur. D’une force dramatique sans pareille, ce mouvement nous reste dans l’oreille telle une plainte lancinante, envoûtante et obsédante, fruit d’une indignation que l’on ne saurait taire. Les altos entonnent en toute confidentialité le premier thème gracieux de l’Andante. Un second thème contemplatif lui succède. Le climat finit par s’assombrir et se faire menaçant dès le développement et ce, jusqu’à la réexposition. Le Menuetto plante un décor sonore bucolique partiellement teinté de nuées menaçantes. Les cordes mènent la danse, suivies des vents renforcés par les cors. L’heure est au délassement jusqu’au retour des  cordes chargées de tension. Placé sous le signe de la précipitation, le mouvement conclusif balance entre colère tempétueuse et accalmie.

[...] La Symphonie n°41 vient [...] couronner la triade symphonique couchée sur le papier à l’été 1788. Elle constitue le sommet de cette architecture triangulaire. Démonstration du savoir-faire mozartien, ce corpus révèle aussi la densité d’une œuvre capable de traverser les aléas de la condition humaine (gaieté, douleur, doute) pour transcender la matière, et atteindre l’immatériel (spiritualité et espérance). Cet opus constitue donc l’aboutissement d’un processus créatif ayant pour point de départ une œuvre souriante au style galant (la n°39), passant par la ténébreuse et colérique Symphonie n°40, pour atteindre la lumière céleste de la n°41. Le choix des tonalités pour chacune des symphonies se révèle hautement symbolique : le mi bémol majeur de l’esprit, l’oppressant sol mineur, et l’ut majeur triomphal. Ce n’est pas Mozart, mais le compositeur, violoniste et organisateur de concerts, Johann Peter Salomon, qui a conféré le sous-titre « Jupiter » à cette symphonie qu’il jugeait aussi éclatante que magistrale. Le premier mouvement d’une symphonie classique présente généralement deux thèmes distincts. Mozart choisit de se défaire de cette convention en proposant tour à tour un premier thème dramatique à prédominance rythmique ; un second thème malicieux et léger plutôt cantabile ; puis un troisième thème aux accents populaires. Mozart cherche ici à nous surprendre, comme se plaît à le faire Haydn, et interrompt de manière abrupte le second thème pour nous plonger dans le silence, et laisser résonner de puissants accords. Riche en surprises, cet Allegro vivace a pour troisième thème la citation de l’air bouffe « Un bacio di mano », K 541. Suspension traditionnelle de la symphonie classique, l’Andante fait l’impasse des trompettes et des timbales, largement exploitées dans les mouvements rapides. Le climat serein du premier thème se ternit peu à peu. Une atmosphère angoissante dans la veine préromantique s’installe, et demeure telle une ombre au tableau. Le Menuetto est moins dansant que contrapuntique. S’il déploie une ligne mélodique caractéristique du style galant, le contrepoint hérité de Johann Sebastian Bach prédomine. On parle à tort de fugue finale pour désigner le mouvement conclusif. Il s’agit en réalité d’une forme sonate présentant des parties fuguées aussi bien dans l’exposition du premier thème, que dans le développement et la coda. Le chaos est désormais derrière nous. Place à l’espérance triomphale !

Aurélie Barbuscia

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