— Académie — Au festival

Publiée le 14 juin 2014

CÔME DE BELLESCIZE: “FAIRE TOMBER LES MURS”

Metteur en scène de La scala di seta de Rossini, Côme de Bellescize nous a reçus, quelques heures seulement avant la première, pour revenir sur son travail aux côtés des jeunes chanteurs de l’Académie.

Quel rapport entretenez-vous avec le Festival d’Aix-en-Provence ?

Ma première venue remonte à 2008. Ma future épouse était alors assistante sur Orphée aux Enfers ce qui m’avait permis d’assister aux répétitions. Je suis ensuite revenu en 2013 pour participer à l’Atelier Opéra en Création de l’Académie européenne de musique. Ce fut une semaine merveilleuse partagée avec une quinzaine d’artistes, dramaturges, auteurs, metteurs en scène, scénographes et compositeurs de toute l’Europe, au cours de laquelle nous avons rencontré les équipes artistiques du Festival et réfléchi à ce qu’était la création d’opéra aujourd’hui, depuis la composition jusqu’à la représentation.

Après avoir participé à l’Atelier Opéra en Création, vous mettez cette année en scène La scala di seta dans le cadre de l’Académie européenne de musique. Que retirez-vous de ces expériences ?

Mes deux expériences au sein de l’Académie, toutes très intenses, m’ont donné l’impression d’être porté par un élan fort. La qualité qui environne les artistes incite à donner le meilleur de soi-même. C’est un lieu mu par l’exigence mais où les rencontres sont faciles.

Quelles sont les spécificités d’une production de l’Académie ?

Une production de l’Académie se monte aux côtés d’artistes dotés d’un énorme potentiel mais pas encore totalement aboutis, et qui viennent s’améliorer. La brièveté de la période de répétition est aussi un autre paramètre, à la fois stimulant, car on apprend à aller tout de suite à l’essentiel, et frustrant car on aimerait parfois avoir plus de temps pour approfondir les choses.

Comment vous êtes-vous retrouvé metteur en scène de La scala di seta ?

Après l’Atelier Opéra en Création, la directrice de l’Académie, Émilie Delorme, et son coordinateur artistique, Paul Briottet, sont venus voir un de mes spectacles à Paris à l’issue duquel ils m’ont d’abord proposé de mettre en scène Viardot, la Liberté, donné en décembre dernier Paris et repris il y a peu dans le cadre d’AIX EN JUIN, puis, quelques temps plus tard, de travailler sur La scala di seta. Je ne connaissais pas ce répertoire qui constituait ma première expérience de théâtre en italien, et aussi ma première comédie. Si, au théâtre, j’ai tendance à toucher des sujets plutôt sérieux, je le fais toujours avec une petite dose d’humour. Concernant La scala di seta, l’humour était déjà présent et l’objectif a donc consisté à trouver un sens à ce canevas ancien, à la base de la comédie, qu’est l’amant dans le placard.

Quel angle d’approche avez-vous adopté ?

La scala di seta est pensée comme une pièce fermée avec des portes et des gens qui regardent par les trous de serrures, mais j’ai pris le parti de faire disparaître les murs. Cet angle d’approche répond au fait que la pièce parle de sexe sans jamais le dire, héritière, tant de la Commedia dell’arte que de l’esprit libertin du XVIIIe siècle. À l’époque, l’érotisme était lié au boudoir et à la soie, d’où la symbolique sexuelle dans le titre même. Cependant il me semble que le concept de boudoir ne fait plus sens aujourd’hui et que la vie privée en général, avec Facebook notamment, est désormais moins cachée : il était donc pertinent de faire tomber les murs.

Propos recueillis le 13 juin 2014 par Anne Le Nabour