— Au festival

Publiée le 15 juillet 2019

CHRISTOPHE HONORÉ, DE L’IDOLE À LA DIVA

Tosca de Puccini – mise en scène Christophe Honoré – direction musicale Daniele Rustioni – Festival d’Aix-en-Provence 2019 © Jean Louis Fernandez
© Jean Louis Fernandez

TEMPS PERDU ET RETROUVÉ

En septembre 2018, Christophe Honoré mettait en scène Les Idoles (Théâtre Vidy – Lausanne), libre évocation de la génération d’artistes qui l’a précédé – celle qui l’a formé, nourri, inspiré : qui été à la source de ses désirs d’homme et de créateur –, mais que le sida a fauchée avant qu’il ait pu les rencontrer. La chaîne de transmission, brisée, et le témoignage d’admiration, frustré, étaient rétablis par la vertu de l’artifice théâtral, qui court-circuitait les époques. Au milieu du spectacle, la voix d’Honoré sortant d’une enceinte rendait un hommage simple et poignant à Jacques Demy (joué par Marlène Saldana), qui lui répondait par quelques pas de claquettes portés par la musique des Parapluies de Cherbourg. La vitalité de ce dialogue des morts – dont la devise aurait pu être « j’ai vécu d’art et de sexe » – nous euphorisait, nous les vivants.

« J’ai vécu d’art et d’amour. » Sa Tosca (Festival d’Aix-en-Provence, 2019) montre cette fois une diva retirée de la scène (Catherine Malfitano) qui, à l’occasion d’un ultime hommage, se trouve aux prises avec les fantômes de tous les rôles qu’elle a incarnés ; son appartement, témoin reliquaire de sa gloire passée, est devenu son mausolée ; mais avant de s’y abîmer tout à fait, elle a intronisé son héritière (Angel Blue), lui enseignant les secrets et chausse-trappes du métier, et la révélant à elle-même en tant que chanteuse et en tant que femme. Voix disparue, voix renouvelée. En miroir, l’amateur d’opéra, lui aussi menacé par le poids de ses souvenirs, est invité à surmonter tout ce que ses fétiches peuvent avoir de mortifère, pour n’en conserver que ce que qui nourrit l’art présent, l’art vivant – par lequel seul les voix qui se sont tues se perpétuent.

Démythification et remonétisation de l’objet adulé – idole ou diva –, intermittences du cœur et errances toutes-puissantes de la mémoire, déploration d’un temps perdu toutefois retrouvé par la vertu d’une belle métaphore artistique : on ne sera guère surpris d’apprendre que la matière du prochain projet artistique de Christophe Honoré sera l’œuvre de Proust (Du côté de Guermantes, Comédie-Française, 2020), dont les motifs et les problématiques innervent également le film Chambre 212 (2019).

Timothée Picard

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