— Au festival

Publiée le 17 juillet 2018

CES SENTIERS QUE L’ON FAÇONNE...

© Vincent Pontet

Entretien avec Nicolas Simeha


Il y a quelque chose de magnétique dans le regard de Nicolas Simeha. Son calme olympien tranche avec l’obsession et la folie du Collectionneur de pierre qu’il  interprète dans l’opéra Seven Stones. Baryton atypique, voyageur insatiable avide de sons et d’expériences nouvelles, il nous dévoile quelques facettes de la création d’Ondřej Adámek donnée en ce moment au Théâtre du jeu de Paume.

 

Comment en vient-on à chanter le rôle principal d’un opéra tel que Seven Stones ?

C’est une longue histoire… Tout petit j’ai commencé par jouer du violon avant de rejoindre la maîtrise de Radio France. J’ai eu un parcours de chanteur assez classique, mais j’ai aussi étudié l’art dramatique à côté. J’ai fait mon master à la Guildhall de Londres et là j’ai commencé à faire à la fois de l’opéra, de la musique baroque, des récitals avec des compagnies de danse contemporaine, mais aussi de la création. J’ai toujours accepté les projets qui me tenaient à cœur et qui m’amenaient sur des chemins de traverse. J’aime énormément collaborer avec les artistes contemporains qui viennent d’autres disciplines. Ça m’enrichit beaucoup. En fait, c’est avant tout un propos et un univers artistique qui me parle. Après que l’on me demande de chuchoter, de grommeler un texte ou au contraire quelque chose de très classique, mais avec une vision qui me plaît, je suis toujours partant.

Et c’était le cas avec Seven Stones

Absolument. J’ai passé l’audition pour le festival il y a quatre ans et demi et puis l’audition elle-même était déjà hyper prometteuse. C’est l’une des plus belles que j’ai vécue. C’était complètement fou : on nous demandait un air baroque, un air contemporain, un air classique, un lied et deux pièces d’Ondřej Adámek dont une par cœur. Ensuite, nous étions chorégraphiés et l’on a dû improviser ! On sentait déjà naître une dynamique de groupe. D’ailleurs, je crois que c’est ce qui ressort de ce spectacle. La création, la parole circule magnifiquement entre nous. Et même si les rôles de chacun sont définis, le tout a été placé sous le signe de la collaboration. Humainement ça a très bien fonctionné !

Qu’est-ce qui vous plu dans l’œuvre elle-même ?

La rencontre des univers indéniablement. Celui de Sjón est assez incroyable. D’ailleurs, il se trouve que trois semaines après l’audition, je suis parti quelques semaines en Islande, justement un peu à la manière du Collectionneur de pierre. J’ai roulé ma bosse de-ci delà, je faisais tout en stop. Ça a été très fort. J’ai commencé à comprendre le monde du librettiste. Alors soit, c’est un peu un cliché, car on dit souvent cela des Islandais, mais leur culture est vraiment influencée par la géologie de l’île. Les éléments et le minéral y sont réellement palpables…

La musique d’Ondřej m’a également parlé instantanément. Elle a un aspect ludique, accessible et en même temps hyper précis. Sans compter que je partage entièrement sa passion pour les autres cultures et les autres langues. J’ai moi-même vécu un peu partout et j’aime me sentir étranger.

Pouvez-vous nous présenter ce personnage du Collectionneur de Pierres que vous incarnez ?

Tout d’abord, il faut dire que c’est un personnage qui évolue dans un univers intérieur. C’est le travail avec Éric Oberdorff qui m’a aidé à le façonner. Nous l’avons abordé avec une approche très sensorielle, presque ascétique et toujours très épurée. Il a su créer des cadres de liberté dans lesquels nous pouvions faire des propositions dont il savait ensuite capter l’essence.

Après, concernant le personnage je me suis nourri du cinéma de Lynch, de Fellini et surtout de Tarkovski. Vous savez, dans ses films, nous sommes dans une pièce, une porte s’ouvre et l’on plonge dans un autre univers, puis une autre porte s’ouvre, et ainsi de suite… C’est vraiment comme cela que je ressens la traversée de ce rôle. Le Collectionneur de pierre est un personnage obsessionnel qui a un amour si grand pour sa science et le monde minéral qu’il en néglige sa famille… Il trouve une intensité émotionnelle dans son monde mental qui de toute évidence lui a échappé toute sa vie. Plus il essaye de contenir la vérité, plus les murs de cet espace onirique commencent à vibrer et l’espace à exploser. Et cela jusqu’à ce qu’il se retrouve enfin face au drame originel qui est le nœud de toute l’histoire.

Au bout du compte je crois que je ne sais pas encore vraiment qui il est… Mais je dois dire que d’une manière générale, je lui trouve un certain charme. Peut-être à cause du fait que tout comme lui je jouais du violon et tapais avec mon marteau sur des géodes quand j’étais petit.

 

Propos recueillis par Luc Birraux