— Académie — Au festival — Enoa

Publiée le 20 juin 2015

BE WITH ME NOW : À CHAQUE ŒUVRE SON RÔLE

À deux semaines de la première – et après quasiment un an de travail – l’excitation est palpable : dans 24h, l’équipe de création et les chanteurs arrivent à Aix-en-Provence pour commencer les répétitions et parfaire l’interprétation des pièces choisies.
Entretien avec MaNOj Kamps, directeur musical et pianiste de Be With Me Now….

Qu’est-ce qui vous a guidé dans le choix des extraits musicaux de Be With Me Now ? Quels arrangements y avez-vous apportés ?

Avant même de rejoindre le projet, Julien Fišera et Isabelle Kranabetter avaient déjà défini un certain nombre de possibilités, guidés par leur volonté d’intégrer au spectacle une grande variété d’extraits d’opéras européens, d’époques et de style différents, qui pourraient servir la dramaturgie du spectacle, tout en évitant l’écueil d’un effet playlist des « meilleurs tubes ». Lorsque j’ai rejoint l’équipe, nous avons beaucoup discuté de cela, et notamment de la fonction des œuvres existantes par rapport aux deux commandes d’œuvres faites pour le spectacle. C’est ainsi que nous avons fait le choix d’un répertoire qui servirait l’histoire le plus clairement et poétiquement possible. Nous avons aussi décidé de rendre perceptible au niveau sonore la distinction entre  répertoire traditionnel et nouvelles pièces, car nous voulions donner à ces dernières un rôle spécifique dans la dramaturgie : celui de sortir le spectateur de la réalité du spectacle. J’aime cette idée que cela se traduise par une autre sonorité, c’est pourquoi j’ai décidé de faire des transcriptions des pièces existantes sans recomposition, en cherchant uniquement à ce que l’interprétation des œuvres – par les instruments qui forment l’ensemble (piano, flûte, violon et violoncelle) – sonne naturelle et familière. Ainsi, il est assez facile de reconnaître ce qui est ancien et ce qui est contemporain, et, dans la mesure où le spectacle aborde en partie ce sujet, je pense que cela fonctionnera très bien au niveau musical.

 

Quel lien faites-vous entre les pièces classiques et contemporaines, par exemple entre Mozart, Haendel, Mitterer et Mendonça ?

C’est difficile à dire car nous créons déjà de nouvelles relations entre ces pièces en les intégrant ainsi dans le spectacle, mais, comme je l’expliquais précédemment, je pense que les pièces contemporaines amènent fraîcheur et surréalisme. L’histoire est également empreinte d’un réalisme magique que nous développons tout au long du spectacle grâce au rapport qu’entretiennent les personnages sur scène et sur l’écran. C’est d’ailleurs à travers cet écran que les interprètes seront invités à jouer les différentes œuvres du répertoire européen. Un des compositeurs – Daan Janssens – sera même en contact direct avec les musiciens sur scène d’une façon tout à fait inhabituelle.
Je pense que les pièces ont plusieurs fonctions dans le spectacle : les œuvres de Mozart forment le cadre – apparaissant au début et presque à la fin – ; les autres œuvres (y compris celle de Mitterer) constituent le répertoire préexistant qui émerge de la mémoire collective des musiciens sur scène ; les deux commandes représentent le côté magique et surréaliste, l’avenir : non seulement les relations à venir entre les personnages principaux, mais aussi, plus largement, le futur du théâtre musical, l’art et la civilisation.

 

Comment avez-vous travaillé avec les deux compositeurs – Daan Janssens et Vasco Mendonça – qui ont reçu une commande pour ce spectacle ?

C’était très amusant de travailler avec eux car ce sont des compositeurs accomplis. En ce qui concerne la pièce de Daan Janssens, nous avons beaucoup échangé par téléphone et par mail sur le contenu et sur les liens que l’œuvre entretiendrait avec celle qui la précèderait (Lambert) et celle qui lui succèderait (Stravinski). Nous avons eu le sentiment qu’il fallait que sa pièce soit à la fois comme un moment figé tout en étant un tournant dans le spectacle. Julien Fišera a trouvé des textes magnifiques d’Ovide dont certains extraits en latin ont été repris par Daan – là-encore, une référence au passé de l’Europe. Nous avons eu l’opportunité de travailler sa pièce dès le mois d’avril, ce fut un moment très spécial et enthousiasmant pour nous tous.
La tâche de Vasco Mendonça était extrêmement compliquée : nous lui avons demandé que sa pièce conclue le spectacle. Elle fait office de finale. C’est l’unique œuvre du spectacle qui voit les chanteurs et les instrumentistes jouer tous ensemble. Du fait de l’énormité de la tâche, nous avons convié Vasco à notre première semaine de travail, en janvier 2015, pendant laquelle nous avons déroulé l’ébauche du spectacle du début à la fin, afin qu’il puisse en saisir la portée dramaturgique et musicale et, ainsi, faire de sa pièce l’épilogue du spectacle. Il a ainsi créé une pièce belle et grave basée sur un poème assez sombre de Philip Larkin, qui conclut le spectacle sur un point d’interrogation plus que sur un point final. Je suis donc très excité à l’idée d’assembler tout cela dès la semaine prochaine !

Interview réalisée le 15 juin 2015