Construction des décors de "Cosi fan tutte"
Jean-Claude Carbonne

Aux ateliers de Venelles, dans l’envers des décors…

Jeudi 10 mars 2016

Aux ateliers de Venelles, la construction des décors va déjà bon train. Depuis plusieurs semaines, menuisiers, serruriers, peintres et décorateurs sont à pied d’œuvre pour réaliser de toutes pièces les décors de deux productions très attendues, Il Trionfo del Tempo e del Disinganno et Così fan tutte, qui seront données l’été prochain au Théâtre de l’Archevêché. Succombant à la curiosité, nous avons poussé les portes des ateliers pour voir où en étaient les préparatifs… 

L’alternance entre deux spectacles sur une même scène, c’est un peu comme le tonneau des danaïdes : chaque année, le défi doit être à nouveau relevé… mais chaque fois d’une manière différente. Cette année, la problématique concerne notamment l’important volume des deux décors, qui doivent se succéder dans l’espace restreint du Théâtre de l’Archevêché. Pour Così fan tutte,  Christophe Honoré et son scénographe Alban Vo Han ont en effet conçu un décor monumental (pas moins de 900m3) et tout en hauteur, certains murs pouvant atteindre les 8m de haut, mais aussi double-face : entre le premier et le second acte, la structure se retourne entièrement pour construire un nouvel espace. Quant au Trionfo, le metteur en scène Krzysztof Warlikowski et sa scénographe de toujours Malgorzata Szczesniak ont imaginé de recréer l’action dans une salle de cinéma, reproduite quasiment à l’identique. Mais comment faire quitter rapidement la scène à ces gradins de plus de 100 sièges, sans avoir à les démonter entièrement ? Par un tour de passe-passe : en les redressant à la verticale… et en les poussant vers la sortie grâce à des roulettes soudées sur la tranche de la structure métallique du décor. Simple et malin, il suffisait d’y penser !

Si le diable est dans les détails, alors la construction des décors est à coup sûr une entreprise infernale. C’est ce qu’on ne peut s’empêcher de penser, en voyant la précision des finitions apportées aux moindres éléments décoratifs : l’usure des carrelages dans Così fan tutte, les petites lumières électriques placées sur les contremarches des gradins pour le décor du Trionfo, imitant celles que l’on retrouve souvent dans les salles de cinéma… Toutefois, cette minutie doit aussi s’accompagner d’une autre exigence, celle de garder toujours à l’esprit les conditions du spectacle. Les détails doivent être visibles de loin, et les jolies lumières de la salle de cinéma, correctement dosées pour ne pas risquer d’éblouir les spectateurs face à elles. Un savant dosage…

Et du côté des matériaux employés ? Les ateliers du Festival poursuivent sur leur lancée de l’éco-conception de décors toujours plus « responsables ». Car comme toute chose, un décor s’achemine lui aussi vers une fin, et doit donc pouvoir être recyclé le mieux possible. C’est ainsi que les hauts murs de Così fan tutte ont été pensés pour pouvoir se recycler entièrement avec le bois, grâce à un enduis naturel à base de cellulose, tandis que les lignes de métal quadrillant le décor du Trionfo seront entièrement démontable, pour un tri optimal des matériaux. Une fois encore, rien n’est laissé au hasard !

Prochaine étape : le montage des décors sur la scène du Théâtre de l’Archevêché.  Restez connectés, pour en savoir plus sur l’actualité des productions du Festival 2016 !