Arscenic (2016)
Vincent Beaume

Arscenic, toute une histoire

Samedi 2 juillet 2016

Arscenic, un nom qui évoque autant les intrigues policières… que l’art de la mise en scène. Après l’avoir déjà présenté au Festival d’Aix en 2011 et en 2012, Sybille Wilson et ses acolytes musiciens et chanteurs revenaient cette année pour ce spectacle pédagogique en forme d’enquête sur l’opéra et sa fabrication. Et l’expérience rencontre toujours le même succès ! 

Apollon, quelle voix pourrait-il bien avoir ? Grave ou aigue, autoritaire ou lyrique ? Dans l’amphithéâtre de la Verrière à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence, la metteuse en scène Sybille Wilson, le pianiste Nicolas Royez et les chanteurs Guillaume Paire et Sevan Manoukian mettent les spectateurs à contribution. En attrapant au vol les indices donnés par la musique d’Haendel et par l’histoire mythologique d’Apollon et Daphné, chacun y va de sa proposition pour mettre en scène un court pasticcio d’opéra baroque. Et si Apollon, blessé par les moqueries de Daphné, se transformait… en robot ? Aussitôt dit, aussitôt fait : le baryton Guillaume Paire se prête au jeu, improvisant une gestuelle mécanique devant un auditoire hilare… le tout bien sûr sans oublier de chanter sa partie. La metteuse en scène rebondit sur cette proposition en invitant la salle à l’affiner et à l’approfondir. Et le robot se métamorphose en surhomme !

« L’idée est née en 2003, d’une envie de partager l’art de la mise en scène. Je cherchais à la présenter de manière synthétique et concrète à un large public », confie Sybille Wilson, l’artiste à l’origine d’Arscenic. « Il m’a semblé que la meilleure façon d’y arriver était de faire passer ce public  par l’expérience empirique d’une mise en scène d’opéra. Je voulais donner aux spectateurs les clefs pour se familiariser avec l’art lyrique et s’emparer de l’œuvre : leur faire écouter les voix, les airs, le texte, puis les inviter à penser en termes d’espace scénique, de relations entre les personnages... ». Sybille Wilson se lance alors dans ce projet de spectacle participatif et pédagogique, qu’elle propose depuis dans des lieux et face à des publics on ne peut plus variés. « Avec Arscenic, on est allé dans des théâtres, mais aussi dans des écoles, dans des centres associatifs, avec de tout petits groupes ou devant 250 personnes… on l’a déjà fait avec des publics qui n’étaient absolument pas sensibilisés, et même avec des tout petits de 3 ou 4 ans ! Ce qui n’empêche pas de le proposer aussi à des publics bien plus avertis, avec lesquels on approfondit l’analyse musicale… mais pour la partie mise en scène, on sent que n’importe qui peut se prêter au jeu. » Une approche collaborative qui suscite la fierté des spectateurs, lorsque vient le moment de découvrir la restitution finale de l’opéra de chambre pendant le dernier quart d’heure de la séance.

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1/1

L’exercice peut parfois s’avérer périlleux pour les artistes, qui doivent improviser à chaque instant pour s’adapter aux réactions du public, ce qui n’est pas toujours gagné d’avance… « Un jour, un vendredi après-midi,  nous devions  intervenir dans un lycée professionnel », se rappelle la metteuse en scène. « Les professeurs étaient déjà partis en week-end : on s’est retrouvés face à des jeunes qui n’étaient pas préparés, qui n’avaient aucune idée de ce qu’était l’opéra – et surtout, qui n’avaient aucune envie d’être là ! Le début de la séance était très difficile… et puis finalement, j’ai compris que beaucoup d’élèves étaient en CAP coiffure, et ai préféré orienter l’échange vers la création de personnages par le biais des costumes, du maquillage, de la coiffure. Petit à petit, ça a pris. Je me souviens que la chanteuse s’était prêtée aux mains de quelques lycéennes ;  elles lui ont improvisé  une coiffure que leur inspirait le rôle de Daphné… nous en sommes sortis très complices, presque comme une équipe de travail. C’était une expérience mémorable ».

Improvisation, réactivité, humour, sens du public : le secret de fabrication d’Arscenic ne serait-il pas à chercher du côté de ses interprètes ? « Le spectacle peut énormément varier en fonction du public. Par exemple, ce soir, c’était la première fois qu’on demandait au chanteur de faire le robot ! Pour les chanteurs et le pianiste, cela demande d’être bon en improvisation, très flexible musicalement, mais aussi très à l’écoute les uns des autres pour rebondir rapidement ; il faut bien se connaître et avoir eu le temps de se roder. Et être joueur, aussi ! »

Une belle expérience de partage et de transmission, que poursuivent aujourd’hui le baryton Guillaume Paire et le pianiste Nicolas Royez en créant leur propre spectacle interactif, Making Op’, avec la complicité de Sybille Wilson pendant une résidence au Festival d’Aix-en-Provence. L’aventure continue ! 

Propos recueillis par Marie Lobrichon le 24 juin 2016