Sabine Devieilhe et Lise Davidsen
Fabien Monthubert Piergab / DR

ARIANE À NAXOS : UN OPÉRA PLACÉ SOUS LE SIGNE DE LA VIRTUOSITÉ VOCALE

Mardi 27 mars 2018

Diamétralement opposés, les portraits vocaux de Zerbinetta et d’Ariane ne sont que l’illustration musicale de la différence de valeur morale que leur prêtent Strauss et Hofmannsthal. Tandis que la soprano colorature Zerbinetta appartenant au registre comique vante les mérites de l’infidélité et de la métamorphose, la soprano dramatique Ariane – fidélité faite personne – prône la constance absolue. Seul point commun entre ces deux personnages straussiens : la virtuosité. Et la force de l’opéra Ariane à Naxos repose précisément sur cette capacité qu’ont Strauss et Hofmannsthal à montrer combien le vivant – « être » ou « spectacle » – fait l’objet d’une perpétuelle transformation.

Ariane à Naxos marque le retour de Sabine Devieilhe au Festival d’Aix qui, en 2016, apparaissait sous les traits de Beauté dans Il Trionfo del Tempo e del Disinganno.
Après avoir incarné la Somnambule, Lakmé, Olympia, ou encore la Reine de la Nuit, place à une prise de rôle : Zerbinetta dans
Ariane à Naxos.

La virtuosité vocale de Zerbinetta n’est autre que le reflet de sa foisonnante virtuosité amoureuse… Dans la troupe de commedia dell’arte que cette saltimbanque dirige d’une main de maître, se trouvent quatre suivants avec lesquels elle s’adonne à un joyeux badinage. Face à une Ariane inconsolable, la voilà qui dresse l’inventaire de ses conquêtes tout en invitant  son interlocutrice à en faire autant.

Couronné d’acrobatiques suraigus, le rôle de Zerbinetta est un authentique soprano colorature qui laisse entrevoir plusieurs visages de la féminité tantôt conquérante, tantôt conquise. Sous ses airs de girouette insouciante, on devine une certaine pudeur doublée d’un fond de grisaille.
Le rôle de Zerbinetta est pour Sabine Devieilhe l’occasion de faire valoir ses qualités de chanteuse et de comédienne dans un opéra où le style parodique côtoie en permanence la déchirante vérité des sentiments.

Lors du Festival d’Aix 1966, le rôle-titre d’Ariane était confié à Régine Crespin, l’une des plus grandes sopranos françaises de l'époque et pour lui donner la réplique : Mady Mesplé dans le rôle de Zerbinetta.   

Pour le retour d’Ariane à Naxos cet été, c’est la soprano danoise Lise Davidsen qui interprètera les rôles de la Primadonna et d’Ariane. Dans la lignée des grandes sopranos dramatiques, sa voix puissante et son chant généreux ont de quoi emplir toute la Cour de l’Archevêché.

Là où le rôle et le profil vocal de Zerbinetta nous ramènent à une virtuosité toute baroque, ceux d’Ariane ouvrent grand les portes du romantisme. Et Strauss de déployer un orchestre luxuriant pour envelopper cette voix d’héroïne wagnérienne. Le répertoire wagnérien n’est d’ailleurs pas un terrain inconnu pour Lise Davidsen qui a d’ores et déjà exploré la Tétralogie.

En incarnant une Primadonna dans le prologue, Lise Davidsen joue son propre rôle, à savoir celui d’une chanteuse… Et voilà que l’opéra commence et que la Primadonna chante le rôle d’Ariane, archétype de la femme abandonnée. « Figurine de plâtre » me direz-vous ? certainement pas… Strauss s’en défend formellement !

 

Aurélie Barbuscia