Pelléas et Mélisande, 1966 © Henry Ely
Henry Ely /// Pelléas et Mélisande, 1966

Histoire du Festival

À l’origine, une aventure individuelle

Le contexte français de l’après-guerre est un terreau fertile de renaissance artistique comme en témoigne le Festival de Cannes et le Festival d’Avignon, tour à tour créés en 1946 et en 1947.

Si le septième art et le théâtre sont à l’honneur avec l’instauration de deux festivals leur étant intégralement consacrés, le domaine lyrique manque encore à l’appel en 1947. Gabriel Dussurget (1904-1996), à la fois amateur d’art et mélomane averti, entend pallier à cette omission. L’insatiable curiosité et la détermination dont il fait preuve ne suffisent pourtant pas pour mener à bien le projet de grande envergure qui mûrit dans son esprit. Aussi fait-il appel au soutien financier de la comtesse Lily Pastré, grande amie des arts appartenant à la haute bourgeoisie marseillaise.

Cette dernière n’a d’ailleurs pas attendu Gabriel Dussurget pour lancer des actions de mécénat en faveur du théâtre et de la musique. Fondatrice de l’association « Pour que l’esprit vive », la comtesse s’entoure - au mépris du danger - d’artistes juifs ou démunis avec « l’inconscience et l’héroïsme des somnambules ». Sa bastide provençale devient ainsi une incontournable terre d’accueil pour musiciens en fuite.

Dotée d’un tempérament passionné, Lily Pastré se montre immédiatement enthousiaste à l’idée de concourir à la création d’un festival de musique en Provence. Outre les moyens financiers qu’elle affecte au projet musical, elle n’hésite pas à proposer son château de Montredon pour accueillir l’événement. Une telle géographie culturelle – pense-t-elle – est susceptible de contribuer au relèvement de la cité phocéenne. Gabriel Dussurget est loin de partager son avis : ce lieu en particulier et la ville de Marseille en général se révèlent inappropriés à ses yeux.

C’est la fin d’un monde, comme le relève Edmonde Charles-Roux, proche de la famille Pastré qui participera aussi à la fondation du nouveau festival :

Pour moi, Lily Pastré a toujours évoqué une héroïne de Tchekhov. Le domaine de Montredon, c’était la Cerisaie 

Edmonde Charles-Roux

Gabriel Dussurget et Lily Pastré sillonnent la région à la recherche de l’emplacement idéal pour recevoir le festival. C’est sur la ville d’Aix-en-Provence qu’ils finissent par tomber d’accord. Gabriel Dussurget jette son dévolu sur la cour de l’Archevêché, véritable révélation qu’il décrit paradoxalement comme un lieu austère voire décrépit : « des murs lépreux, une fontaine qui naturellement ne coulait pas et un arbre qui s’élevait comme une main vers le ciel ». Irène Aïtoff, chef de chant attachée au Festival dès 1950, évoque ses premières impressions :

Il voit le cours Mirabeau, tous ces beaux hôtels, la place d’Albertas, Maynier d’Oppède, et puis on arrive à l’Archevêché. Quand Dussurget voit cette cour qui était très belle, très bien proportionnée, avec une fontaine, un platane, il frappe dans ses mains : « l’acoustique est merveilleuse. C’est ici que je ferai mon festival. »

Irène Aïtoff

Une fois l’emplacement sélectionné, Gabriel Dussurget parvient à obtenir le soutien financier du Casino d’Aix permettant le démarrage du Festival.

Le Festival naît trois ans seulement après la fin de la guerre dans une France qui a subi la défaite de 1940 et l’Occupation et qui, plus que jamais, manifeste la volonté pressante de faire peau neuve, de renvoyer une image digne. Le Festival répond à cette ambition ne serait-ce que sur le plan culturel.


1948 : et la Cour se fait théâtre…

Au commencement était la cour, la cour de l'Archevêché, espace de service où aboutissaient autrefois les carrosses. Grâce à l'implication d'un groupe d'hommes et de femmes gravitant autour d'un directeur artistique visionnaire, cette cour est bientôt érigée en lieu majeur de la fête.

Le premier Festival a lieu en juillet 1948. Les concerts et récitals se succèdent dans la cour de l’Archevêché, à la cathédrale Saint-Sauveur et en divers lieux de la ville.

Parallèlement à ces événements musicaux, un opéra fait son entrée: Così fan tutte de Mozart : œuvre méconnue du public français dont la dernière représentation en France remonte à 1926 sur la scène de l’Opéra-Comique.

Pour monter le spectacle, Gabriel Dussurget emploie des moyens tout à fait artisanaux. Il réunit une distribution qu’il fait lui-même travailler, engage Georges Wakhévitch pour créer le petit décor de fond de scène et parvient à obtenir la participation de Hans Rosbaud, chef d’orchestre du Südwestfunk de Baden-Baden. C'est sous sa baguette que jouera l'orchestre du Festival jusqu’en 1962. Edmonde Charles-Roux, femme de lettres fidèle au Festival, se souvient avec émotion de cette première édition :

Je crois que la force du premier spectacle d’Aix a été d’être un spectacle réussi, de grand goût, de très belle qualité musicale, mais un spectacle d’amateurs.

Edmonde Charles-Roux

Un autre spectateur fait appel à ses souvenirs :

Le premier soir, au gré d’une bise de juillet, le public de la ville fut prudent. L’audace était venue de Marseille, Paris avait envoyé quelques observateurs… La nuit recueillit une ovation qui passa les frontières. Mozart remuait les âmes et tout un répertoire ancien s’éveillait à une ère nouvelle sur les ondes et dans les anciens sillons. C’était en 1948.

Le Festival ne tarde pas à acquérir une renommée internationale, en dépit de modestes débuts évoqués par Gabriel Dussurget :

Les chanteurs étaient, avouons-le, seulement honnêtes. Georges Wakhévitch [qui signa les décors du Così fan Tutte de 1948] était un ami de longue date […] et il a bien voulu accepter de dessiner un baldaquin, quelques plumes… en somme un petit décor pour que la représentation puisse avoir lieu. On avait fait mettre des bancs dans la cour, des gradins à peine surélevés et le décor était planté dans un angle de l’ancien hangar qui servait de coulisses. Wakhévitch, pour donner un fond à la scène, avait peint lui-même les murs.

Gabriel Dussurget

Et Edmonde Charles-Roux d'ajouter quant à ce coup d'essai :

La cour du palais de l’archevêché [était] transformée en une sorte de … on ne peut même pas appeler cela une scène, c’était plutôt une estrade à cause du manque de place. On ne pouvait pas y chanter à plus de trois à la fois. Georges Wakhévitch avait simplement fait, en guise de fond de scène, une sorte de tente, décorée de quelques bouquets de fleurs. C’était exquis, mais improvisé. Et en définitive, très sympathique.

Edmonde Charles-Roux

Et le charme ne tarde pas à opérer…

  • Cour du Théâtre de l'Archevêché © Henry Ely
    Cour du Théâtre de l'Archevêché © Henry Ely
    Henry Ely
    Cour du Théâtre de l'Archevêché © Henry Ely
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1948-1972 : l'ère Dussurget, le magicien d'Aix

C’est avec Don Giovanni, monté en 1949, que la splendeur du Festival se révèle au grand jour. Ce nouvel essor s'explique notamment par la venue du décorateur et affichiste Cassandre, ami de Gabriel Dussurget. Deux importantes missions lui sont confiées : d'une part la conception des décors de Don Giovanni, d'autre part l’édification d’un théâtre visant à remplacer l’installation rudimentaire qui avait servi à la représentation de Così fan tutte en 1948.

Maintenu pendant 24 ans, ce théâtre et les contraintes qu'il implique s'avèrent déterminants quant à la programmation du Festival. En effet, ses dimensions exiguës (sept mètres de profondeur) ne peuvent accueillir que de petits effectifs orchestraux (orchestres de chambre baroques ou classiques). Le Festival se place d’ailleurs dès sa création sous le signe de Mozart dont la quasi-totalité des opéras sont montés au cours des premières années : Così fan tutte en 1948 et 1950, Don Giovanni en 1949, L’Enlèvement au sérail en 1951, Les Noces de Figaro en 1952, Idoménée en 1963 et La Clémence de Titus en 1974. Si ce choix de programmation paraît tout à fait ordinaire aujourd’hui, Edmonde Charles-Roux rappelle qu’il ne manquait pas d’audace à l’époque :

Dans un Midi où les maçons italiens, sur leurs échafaudages, chantaient du Verdi, et où on ne proposait que du Verdi à ce public en pratiquant un italianisme à tous crins, monter les opéras de Mozart pouvait paraître révolutionnaire.

Edmonde Charles-Roux
  • Don Giovanni, 1949 © Henry Ely
    Don Giovanni, 1949 © Henry Ely
    Henry Ely
    Don Giovanni, 1949 © Henry Ely
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Le Festival s’attache donc à faire découvrir au public des œuvres inconnues en remettant au goût du jour les opéras de Mozart, en revisitant le répertoire ancien avec Monteverdi, Rameau et Gluck, l’opéra bouffe et l’amorce de l’opéra-comique avec Cimarosa, Grétry et Haydn, Rossini et Gounod, mais aussi la musique contemporaine par le biais de commandes adressées à des compositeurs tels qu’Arthur Honegger avec La Guirlande de Campra en 1952.

L’événement suscite également l’affluence des plus éminentes personnalités de la vie artistique et littéraire française. Musiciens, peintres, écrivains et gens de théâtre s’y rassemblent avec un enthousiasme sans cesse renouvelé. Comment oublier les mots de François Mauriac qui s’émeut au souvenir du « Don Juan aux étoiles » de 1949 :

Au premier rendez-vous que Don Juan nous avait donné à Aix, nous étions venus avec une curiosité inquiète. […] Aujourd’hui nous nous hâtons vers le second rendez-vous, assurés de notre plaisir.

François Mauriac

Grand découvreur des voix et nostalgique des Ballets russes, Gabriel Dussurget entend faire du Festival d’Aix un lieu privilégié de création tant pour les compositeurs que pour les peintres prometteurs. C’est ainsi que les artistes André Derain, Balthus, André Masson, Jean-Denis Malclès, Jean Cocteau conjuguent leur talent et leur créativité au service des productions du Festival au même titre que les compositeurs Aixois André Campra et Darius Milhaud.

En 1959, Gabriel Dussurget est nommé conseiller artistique de Georges Auric à l’Opéra de Paris et occupe cette fonction jusqu’à l’année 1972, date à laquelle il quitte également la direction du Festival d’Aix. Il faut dire que l’arrivée, au milieu des années 1960, d’un nouvel administrateur soucieux de rentabilité à la tête du Casino d’Aix-en-Provence, alors principal financeur du Festival, précipite sa démission. Ce départ marque une transformation de la physionomie du Festival provençal et amorce une remise en question de ses enjeux.

  • Gabriel Dussurget et Christiane Eda-Pierre, 1979 © Henry Ely
    Gabriel Dussurget et Christiane Eda-Pierre, 1979 © Henry Ely
    Henry Ely
    Gabriel Dussurget et Christiane Eda-Pierre, 1979 © Henry Ely
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1974-1982 : l’ère Bernard Lefort ou le triomphe du bel canto

Le chant y régnera en Maître absolu, et chaque manifestation lui sera consacrée en tout ou partie

Bernard Lefort

Telle est la devise du nouveau directeur Bernard Lefort qui entend faire du Festival d’Aix une grande fête du chant. Une nouvelle ère commence au cours de laquelle Mozart perd son « privilège » au profit du bel canto. Si Bernard Lefort décide de remettre au goût du jour ce répertoire du début du XIXe siècle, c’est qu’il est encore peu connu des mélomanes de l’époque.

Deux productions majeures de Rossini marquent le mandat du nouveau directeur : d’une part Sémiramis de Rossini en 1980 avec le duo d’exception formé par Montserrat Caballé et Marilyn Horne ; d’autre part Tancrède réunissant Marilyn Horne et Katia Ricciarelli en 1981.

Cette « grande fête du chant » est aussi l’occasion d’organiser des récitals lyriques et d’organiser une remise de prix. C’est ainsi que des chanteurs confirmés tels qu’Elisabeth Schwarzkopf, Gabriel Bacquier ou Teresa Berganza se sont vus décerner le prix de la « cigale d’or ».

  • Bernard Lefort et Elisabeth Schwarzkopf, 1974 © Henry Ely
    Bernard Lefort et Elisabeth Schwarzkopf, 1974 © Henry Ely
    © Henry Ely
    Bernard Lefort et Elisabeth Schwarzkopf, 1974 © Henry Ely
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Bernard Lefort souhaite également faire du Festival une manifestation de proximité. Les événements de mai 1968 ont en effet mis en lumière le caractère élitiste et parisien du Festival, ce à quoi le nouveau directeur tente de remédier. Pour ce faire, il programme, six années durant, des opéras bouffes tels que Le Directeur de théâtre de Mozart, La Servante maîtresse de Pergolèse ou Don Pasquale de Donizetti sur la place des Quatre-Dauphins. Il s’engage d’autre part à fêter le chant et l’expression vocale sous toutes ses formes et toucher par là même un plus large public. Cette célébration prend la forme de concerts de jazz avec Ella Fitzgerald, de musique folk avec John Baez ou encore de chants espagnols et berbères.

Enfin, il instaure les récitals de fin d’après-midi, « une heure avec… », au cloître de la cathédrale Saint-Sauveur, qui permettent au public de découvrir de jeunes chanteurs de façon plus intime et moins onéreuse qu’au théâtre de l’Archevêché. Le milieu des années 1970 est donc marqué par un réel souci de démocratisation.

  • Alcina, 1978 © Henry Ely
    Alcina, 1978 © Henry Ely
    © Henry Ely
    Alcina, 1978 © Henry Ely
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1982-1996 : Louis Erlo, l’éclectisme du baroque au contemporain

  • Louis Erlo, 1982 © Henry Ely
    Louis Erlo, 1982 © Henry Ely
    Henry Ely
    Louis Erlo, 1982 © Henry Ely
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« Fidélité et Innovation » sont les maitres-mots de Louis Erlo qui développe considérablement le répertoire baroque avec Lully, Campra, Rameau, mais aussi Purcell et Gluck.

  • Fairy Queen, 1989 © Henry Ely
    Fairy Queen, 1989 © Henry Ely
    Henry Ely
    Fairy Queen, 1989 © Henry Ely
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Le nouveau directeur du Festival rend à Mozart sa place de référence, ce qui pousse Edmonde Charles-Roux à affirmer :

Inutile de le nier, Mozart en personne est secrètement présent à Aix-en-Provence.

Edmonde Charles-Roux

Les grands ouvrages comme les opéras de jeunesse moins connus et peu joués du compositeur autrichien sont conjointement à l’affiche. Louis Erlo propose également des chefs-d’œuvre du XXe siècle, de Prokofiev ou de Britten. Conformément au projet de Gabriel Dussurget visant à promouvoir les jeunes talents, le nouveau directeur offre aux Aixois une pléiade de jeunes chanteurs parsemée de quelques « stars » et annonce lors de sa prise de fonction :

En prenant la charge de cette manifestation, mon premier souhait est de ne pas déranger ce mystérieux équilibre qui tient à tant de choses et qui fait dire à tous ceux qui sont venus à Aix que la musique n’y est pas tout à fait comme ailleurs.

Louis Erlo
  • Ariane a Naxos, 1985 © Henry Ely
    Ariane a Naxos, 1985 © Henry Ely
    Henry Ely
    Ariane a Naxos, 1985 © Henry Ely
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Le Théâtre de l’Archevêché subit à son tour une certaine reconfiguration au cours de l’année 1985. L’architecte Bernard Guillaumot dote la scène de dimensions standards et de possibilités techniques accrues, favorisant ainsi l’accueil de spectacles et les coproductions. Louis Erlo a bien conscience du risque de standardisation que cela implique, mais il fait en sorte de prendre « les garanties nécessaires pour que les spectacles ne soient pas défigurés lors de leurs transferts ».

Au moment du départ de Louis Erlo, le Festival doit faire face à d’inextricables problèmes financiers.


1998-2006 : Stéphane Lissner et le renouveau du Festival

  • Stéphane Lissner © Elisabeth Carecchio
    Stéphane Lissner © Elisabeth Carecchio
    © Elisabeth Carecchio
    Stéphane Lissner © Elisabeth Carecchio
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L’année 1998 est marquée par l’arrivée de Stéphane Lissner et la rénovation complète du Théâtre de l’Archevêché. L’ère Lissner est inaugurée avec un Don Giovanni de Mozart mis en scène par Peter Brook. Le croisement des mondes du théâtre, de la danse et de l’opéra constitue la clé de voûte de cette nouvelle programmation qui rassemble de célèbres artistes tels que Pina Bausch, Trisha Brown, Anne-Teresa de Keersmaeker, Patrice Chéreau ou encore Luc Bondy.

  • Don Giovanni, 1999 © Elisabeth Carecchio
    Don Giovanni, 1999 © Elisabeth Carecchio
    © Elisabeth Carecchio
    Don Giovanni, 1999 © Elisabeth Carecchio
  • Hercules, 2004 © Elisabeth Carecchio
    Hercules, 2004 © Elisabeth Carecchio
    © Elisabeth Carecchio
    Hercules, 2004 © Elisabeth Carecchio
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Le Festival devient aussi un lieu d’intense création musicale avec de nombreuses commandes passées aux compositeurs : Festin de Yan Maresz, Le Balcon de Peter Eötvös d’après Jean Genet en 2002, Kyrielle du sentiment des choses de François Sarhan sur un texte de Jacques Roubaud en 2003, et en co-commande avec le Théâtre de La Monnaie de Bruxelles Hanjo de Toshio Hosokawa d’après Hanjo, de Yukio Mishima en 2004 ou encore Julie de Philippe Boesmans d’après Mademoiselle Julie d’August Strindberg en 2005. Rouvert en 2000, le Théâtre du Jeu de Paume, aux dimensions intimes, est un lieu idéal pour accueillir certaines de ces créations.

  • Hanjo, 2004 © Elisabeth Carecchio
    Hanjo, 2004 © Elisabeth Carecchio
    © Elisabeth Carecchio
    Hanjo, 2004 © Elisabeth Carecchio
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Une nouvelle dynamique est insufflée au Festival avec la création, à Venelles, situé à quelques kilomètres d’Aix-en-Provence, d’ateliers de construction de décors et de confection de costumes qui permettent de multiplier les coproductions internationales et de rendre le Festival plus autonome.

Enfin, en 1998, Stéphane Lissner crée aussi l’Académie Européenne de Musique, conçue comme un prolongement du Festival vers la pédagogie et la promotion des jeunes talents (instrumentistes, chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre et compositeurs), en favorisant leur rencontre avec le public lors de nombreux concerts, conférences et master classes.


Depuis 2007 : Bernard Foccroulle, regard sur le monde d’aujourd’hui et de demain

  • Bernard Foccroulle, 2010 © Pascal Victor / ArtcomArt
    Bernard Foccroulle, 2010 © Pascal Victor / ArtcomArt
    © Pascal Victor / ArtcomArt
    Bernard Foccroulle, 2010 © Pascal Victor / ArtcomArt
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L’arrivée de Bernard Foccroulle à la tête du Festival d’Aix coïncide avec l’ouverture du Grand Théâtre de Provence inauguré avec La Walkyrie de Wagner jouée par l’Orchestre philharmonique de Berlin sous la direction de Sir Simon Rattle. Et c’est dans une chevauchée effrénée que se lance aussitôt le nouveau directeur, convaincu du fait que le monde a besoin de l’opéra, un art qui lui donne du sens aujourd’hui comme demain, ici et ailleurs. Lucide, Bernard Foccroulle met tout en œuvre pour pérenniser et dynamiser le public de l’opéra, son répertoire et ses multiples acteurs. Le Festival d’Aix revêt alors la forme d’un laboratoire de l’opéra permettant au public « grâce à la voix des artistes, de déchiffrer le monde en devenir. »

En quête d’un nouvel équilibre entre répertoire et création, Bernard Foccroulle privilégie la créativité tant dans les commandes que dans l’interprétation d’œuvres du répertoire appelées à résonner avec l’actualité. Quoique soucieux de pérenniser la tradition mozartienne, il favorise une programmation éclectique susceptible de répondre aux attentes d’un public élargi et diversifié à travers l’exploration de nouveaux modes de créations collectives voire participatives. Il n’hésite pas à revenir au berceau même de l’opéra avec L’Orfeo de Monteverdi, à proposer des œuvres du répertoire défendues par de grands noms comme La Traviata incarnée par Natalie Dessay ou Elektra mise en scène par Patrice Chéreau et dirigé par Esa-Pekka Salonen, à prendre des risques artistiques par le biais de commandes telles que Written on Skin de George Benjamin – ouvrage désigné par la presse comme « le premier chef-d’œuvre lyrique du XXIe siècle ». Le caractère « vivant » de l’art lyrique prend enfin tout son sens lorsqu’en plus de ses nombreuses commandes et créations, le Festival d’Aix coproduit Le Monstre du labyrinthe de Jonathan Dove, opéra participatif  regroupant 300 choristes amateurs, quatre solistes professionnels et un orchestre composé de musiciens du célèbre London Symphony Orchestra et de jeunes instrumentistes de l'Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, tous placés sous la direction de Sir Simon Rattle.

  • La Traviata – Festival d’Aix-en-Provence 2011 © Pascal Victor /ArtcomArt
    La Traviata – Festival d’Aix-en-Provence 2011 © Pascal Victor /ArtcomArt
    © Pascal Victor /ArtcomArt, La Traviata, 2011
    La Traviata – Festival d’Aix-en-Provence 2011 © Pascal Victor /ArtcomArt
  • Elektra, 2013 © Pascal Victor / ArtComArt
    Elektra, 2013 © Pascal Victor / ArtComArt
    © Pascal Victor / ArtComArt
    Elektra, 2013 © Pascal Victor / ArtComArt
  • Written on Skin, 2012 © Pascal Victor / ArtComArt
    Written on Skin, 2012 © Pascal Victor / ArtComArt
    Written on Skin, 2012 © Pascal Victor / ArtComArt
    Written on Skin, 2012 © Pascal Victor / ArtComArt
  • Parades 2015 © Patrick Berger / ArtcomArt
    Parades 2015 © Patrick Berger / ArtcomArt
    Patrick Berger / ArtcomArt, Parades 2015
    Parades 2015 © Patrick Berger / ArtcomArt
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Sous l’impulsion de Bernard Foccroulle, le Festival investit sans compter dans la jeune génération, tant sur le plan du public que des artistes, futurs acteurs de la vie musicale. Une attention particulière est accordée à la sensibilisation des jeunes et des publics socialement fragilisés, à travers l’élaboration d’un vaste programme pédagogique à destination des écoles et associations locales. Ce développement des services éducatifs et socio-artistiques (Passerelles) contribue à l’ancrage du Festival au sein du territoire local. Le Festival s’engage également auprès des musiciens, chanteurs et créateurs de demain à travers son Académie, centre de formation et d’insertion professionnelle.

En 2013, la démarche d'ouverture au public s'acroît avec la création d'Aix en juin, prélude au Festival de juillet, s'achevant avec un grand concert gratuit sur le Cours Mirabeau devant plus de 5000 spectateurs.

La transmission des savoir-faire et l'élargissement des publics s’accompagnent d’une politique de développement durable à travers des actions environnementales significatives.

En 2014, le Festival d'Aix-en-Provence est nommé Meilleur Festival d'Opéra aux International Opera Awards à Londres.

La volonté de proximité ainsi que le souci de la diversité et du vivre-ensemble dont Bernard Foccroulle se fait le porteur donnent lieu à des projets interculturels visant à donner une place particulière à l’espace méditerranéen.

Ayant apporté sa contribution dans le cadre du projet Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture, le Festival s'ouvre sur le bassin méditerranéen, à la fois si proche et si lointain. L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée qui, depuis 2014 est une composante de l’Académie du Festival, en est le meilleur témoignage. Ce faisant, le Festival d’Aix entend franchir un pas vers « l’autre » afin d’amorcer un dialogue constructif et durable. Et de même que le monde est en devenir, le Festival ne cesse d’élargir son champ d’horizon, comme en témoigne le réseau d’artistes-créateurs méditerranéens nommé Medinea qui éclot en septembre 2015.