Pelléas et Mélisande
Patrick Berger / Artcomart

"PellÉas et MÉlisande" en direct et en son binaural

Jeudi 7 juillet 2016

Pour la première fois cette année, un opéra du Festival d'Aix est enregistré en son binaural. Une technologie de pointe, grâce à laquelle les mélomanes pourront vivre, depuis chez eux, l'expérience d'un Pelléas et Mélisande comme s'ils étaient dans la salle du Grand Théâtre de Provence... Cyril Bécue, directeur du son chez Radio France spécialisé dans la retransmission des concerts classiques et des opéras, nous explique tout sur le binaural.

Qu’est-ce que le son binaural ?

Le binaural est une technique de restitution sonore spatialisée qui permet de recréer l’illusion de l’écoute que l’on a naturellement avec ses deux oreilles.

Jamais sans mon casque ?

Pour arriver à ce degré de spatialisation, le binaural nécessite impérativement un casque audio. Il faut que les deux oreilles soient complètement isolées de l’environnement extérieur. 

En quoi le binaural diffère-t-il du mono et du stéréo ?

Le son mono est diffusé sur un seul canal, comme sur un transistor. Il n’y a donc pas de notions de spatialisation.

Le son stéréo est diffusé sur deux canaux : le gauche et le droit. Ce qui induit une certaine sensation de spatialisation, mais qui reste frontale.

Le son 5.1 va encore un peu plus loin. Le son est reproduit sur six enceintes différentes : cinq enceintes ordinaires et un caisson de basse. Il permet un rendu de spatialisation plus intense. C’est ce qui est notamment proposé au cinéma ou sur les home-cinémas domestiques, mais cela demande des installations sophistiquées.

Le son binaural est enfin le résultat d’une virtualisation encore plus proche de notre perception sonore naturelle qui différencie l'avant de l'arrière ainsi que les notions d'élévation. Pour arriver à ce résultat, il prend en compte les HRTF.

HRTF : qu’est-ce que c’est ?

Nous n’avons pas tous la même forme de tête et les mêmes oreilles. Nous ne percevons pas tous le son de la même manière. Les chercheurs ont donc dû effectuer des mesures sur des panels d'auditeurs et ont obtenu des HRTF (fonctions de transfert relatives à la tête) moyennes. Sur cette base, ils ont établi des modèles d’écoute standards. En parallèle, un encodeur binaural a été développé (dans le cadre d’un partenariat entre Radio France et Orange Labs).

Concrètement, cela donne quoi ?

Les différentes sources sonores sont d'abord mixées en 5.1, puis ce mixage est encodé en prenant en compte un modèle d’écoute (HRTF). Au final, le son binaural généré est retransmis sur deux canaux (gauche et droite), comme la stéréo traditionnelle, sauf que l’auditeur bénéficie d’une sensation d’enveloppement plus puissante et encore plus naturelle, comme s’il se trouvait dans la salle.

Quel est l’apport supplémentaire à ce direct sur ARTE Concert ?

Cela dépend des salles, des mises en scène et de l’écriture musicale. Dans le cas de Pelléas et Mélisande, même si la mise en scène est très frontale, le Grand Théâtre de Provence est riche en acoustique. Il y a aussi des effets particuliers, comme lorsque le chœur chante depuis le balcon arrière de la salle. L’auditeur aura donc la possibilité de percevoir à la fois le son direct qui vient de la scène, des chanteurs et de l’orchestre, mais aussi l’acoustique de la salle et la réverbération grâce au son binaural, le tout additionné aux images d’Arte – ce qui est un plus. Les mélomanes sont donc invités à se munir de leur casque stéréo pour une immersion profonde au cœur de la musique de Debussy.

Son binaural: faites le test

Pelléas et Mélisande sur France Musique

Pelléas et Mélisande sur Arte Concert et The Opera Platform

Propos recueillis par Saskia de Ville le 6 juillet 2016