— Passerelles

Publiée le 26 mai 2015

« LE RÊVE EST À MOI » : UN AUTRE REGARD SUR L’OPÉRA ET LE HANDICAP

“Le Songe d’une nuit d’été” – Festival d’Aix-en-Provence 1991
© Pascal Victor / ArtcomArt

« Où sommes-nous ? Dans la forêt des fées ! » En quelques sons, quelques phrases chantées et quelques gestes, l’univers du Songe d’une nuit d’été fait irruption dans la salle de classe de l’Institut Médico-Educatif (IME) de la Bourguette. C’est déjà la troisième séance qu’animent Mathias et Andrada, pour faire découvrir l’œuvre de Benjamin Britten à ces jeunes atteints d’autisme. Un voyage imaginaire et sonore, qu’ils leur proposent d’aborder au détour d’une histoire, mais surtout par leurs sensations…

Tambour, djembé, cloches, cymbales : Mathias et Andrada sont cette fois-ci arrivés équipés de nombreuses percussions, qui jonchent la grande table installée derrière eux. Étudiants au centre de formation des musiciens intervenants d’Aix-en-Provence, ces deux passionnés expérimentent pour la première fois l’usage de ces instruments avec les jeunes, suite à un stage avec le musicien et pédagogue Alain Goudard autour de la thématique « musique et handicap ». « Cette approche-là est encore un peu fraîche pour nous, qui ne sommes percussionnistes ni l’un ni l’autre », reconnaît Mathias ; « mais l’une des spécificités du musicien intervenant, c’est justement de pouvoir toucher à plusieurs domaines et d’être le plus polyvalents possibles ».

Tout en suivant l’histoire racontée par l’opéra, Mathias et Andrada proposent à chaque enfant de s’emparer des instruments, pour en faire l’expérience par lui-même. Chacun y va de sa trouvaille, et participe selon sa sensibilité : Adam mime le rugissement du lion, caché derrière la peau d’un tambourin (« pour ne pas trop effrayer les autres »), Gérard s’essaie au djembé, Liam s’empare des baguettes pour se lancer dans une improvisation haute en rythmes sur la caisse claire, Rassimia esquisse un pas de danse… qu’ils aient ou non accès à la parole, les uns comme les autres trouvent rapidement par l’exercice une forme d’expression qui leur est propre. Pour les intervenants, ces réactions sont précieuses, afin de trouver avec chaque enfant le moyen le plus à même de susciter son intérêt : « plus on les connaît, plus on sent la manière dont on va pouvoir les intéresser, et les accompagner vers la musique », remarque Andrada. « Certains ont toujours envie de danser, de s’exprimer par le mouvement, d’autres de taper sur des objets pour produire des sons, d’autres encore de les compter… il faut être attentif, pour trouver comment conduire chacun vers ce qu’il a envie d’exprimer ». Cette approche individuelle est d’autant plus essentielle lors des séances à l’IME, où chaque enfant éprouve à sa manière des difficultés pour interagir avec les autres : « ce n’est pas toujours simple de proposer une activité en groupe, avec des jeunes qui présentent ce genre de pathologie », explique Mathias. « Il faut donc prendre en compte les propositions de chacun, pour essayer ensuite d’amener le groupe vers une pratique collective… voire rebondir sur autre chose ! »

Pour rester constamment attentif à chacun et à ses réactions, il faut savoir s’adapter. Si le programme de chaque intervention s’élabore d’une séance sur l’autre, selon la participation des jeunes et les échanges avec les éducateurs, la flexibilité reste de mise à chaque instant, et suppose des qualités d’improvisateurs chez les musiciens intervenants. Une part d’imprévu qui peut parfois donner lieu à de beaux moments d’échanges… Comme vers la fin de la séance d’aujourd’hui, où l’un des jeunes prend l’initiative de jouer sur la caisse claire à chaque fois qu’est prononcé le nom de Puck, l’un des protagonistes de l’histoire. Peu à peu, d’autres personnages tirés du Songe d’une nuit d’été apparaissent, interprétés musicalement par l’un ou l’autre des participants, sous le regard enthousiaste des intervenants. « Ce n’était absolument pas prévu à la base », nous confient-ils ensuite, « et pourtant, c’est l’un des moments qui ont le mieux fonctionné. Il y avait une véritable interaction, un vrai échange… ». Pour Mathias, « ces moments-là sont aussi importants que lorsqu’on essaie de leur faire comprendre un procédé musical utilisé dans l’œuvre. Bien entendu, notre objectif est de les amener à découvrir l’opéra, mais il y a plusieurs moyens pour y parvenir. Et ça passe surtout par l’échange… »

A l’issue de cette séance riche en émotions et en partages, une phrase prononcée par Nejmi nous reste en mémoire : « le rêve est à moi ». De quoi donner un sens tout particulier auSonge d’une nuit d’été

Quelques semaines après l’atelier musical, les jeunes de l’IME participent à un nouvel atelier autour du Songe d’une nuit d’été, cette fois-ci avec la plasticienne Claudia Serantes. En voici quelques images…

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