Emmanuelle Haïm

“HAENDEL, C’EST UN VÉRITABLE MASSAGE VOCAL!”

Vendredi 12 juin 2015

On ne présente plus Emmanuelle Haïm. Débordante d’énergie, brillante et charismatique, cette claveciniste et chef d’orchestre sillonne les scènes les plus prestigieuses du monde entier. A l’occasion de sa venue à Aix-en-Provence, où elle encadre la résidence Haendel pour l’Académie du Festival d’Aix, elle évoque son travail avec les jeunes chanteurs et clavecinistes. Rencontre avec « Mrs. Dynamite » !

Quelle relation entretenez-vous avec le Festival d’Aix-en-Provence ?

J’y suis d’abord venue enfant, en tant que spectatrice, alors que je passais des vacances en famille dans la région, mais c’est en 1993 que j’y ai joué pour la première fois : deuxième clavecin, j’assistais William Christie sur Orlando de Haendel, mis en scène par Robert Carsen. Cela faisait donc longtemps que je n’étais pas revenue au Festival.

Comment vous êtes-vous retrouvée à mener la Résidence Haendel de l’Académie ?

Le directeur Bernard Foccroulle et son conseiller artistique, Alain Perroux, m’ont proposé d’anticiper ma participation au Festival, où je dirigerai une production en 2016, en encadrant les jeunes musiciens et chanteurs de la résidence Haendel. Intéressée par la voix, l’accompagnement mais aussi par l’enseignement, j’ai immédiatement accepté. J’ai d’ailleurs longtemps enseigné le répertoire baroque aux jeunes chanteurs au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

Dans quelle mesure Haendel est-il adapté aux jeunes chanteurs ?

C’est un répertoire particulièrement adapté. Il nécessite des voix très ductiles, d’une grande souplesse. Chanter la musique de Haendel implique de s’exercer aux vocalises, mais aussi de maîtriser le legato, la couleur. Les respirations et le phrasé sont aussi très naturels. Haendel, c’est un véritable massage vocal ! On sent qu’il connaissait et aimait les chanteurs. Je pense que ces cantates apprennent aussi beaucoup en matière d’opéra, car une cantate, c’est un peu un opéra miniature, et les chanteurs vont s’approprier ce répertoire qu’ils n’auraient, peut-être, pas eu l’occasion d’aborder : je pense à la cantate travaillée par Stuart Jackson,Look Down, Harmonious Saint, rarement interprétée, ainsi qu’aux duos et aux trios qui sont des raretés.

Parlez-nous de votre travail avec les jeunes chanteurs et clavecinistes de l’Académie.

Avec les chanteurs, nous parlons beaucoup le texte afin de faire ressortir les couleurs que le chant et les vocalises ont parfois tendance à uniformiser. Je les incite ensuite à conserver ces intentions lorsqu’ils chantent. Nous travaillons aussi beaucoup les ensembles et les récitatifs, formes souvent négligées au cours des études. Chanter à plusieurs est particulièrement difficile car il faut s’adapter à la vocalité de son partenaire, à sa façon de phraser. Enfin, les récitatifs nécessitent de savoir raconter une histoire, compétence indispensable à tout chanteur.

Quant aux clavecinistes, cette résidence leur permet de se former à l’accompagnement car il n’existe pas de formation à proprement parler, comme pour les pianistes. Ils prennent aussi conscience, s’ils souhaitent poursuivre dans le domaine vocal, de l’importance de connaître les langues et le fonctionnement de la voix d’un chanteur.

Que vous apportent ces jeunes talents ?

Ces jeunes artistes, qui allient exigence et technicité – ils sont d’ailleurs arrivés extrêmement préparés -, sont vecteurs d’enthousiasme et de fraîcheur. Ils ont un appétit de la vie et de l’art en général. Pour moi, cette énergie est revigorante.

Propos recueillis le 11 juin 2015 par Anne Le Nabour