Fabienne Verdier

Fabienne Verdier en rÉsidence avec des quatuors de l'AcadÉmie du Festival d'Aix

Mardi 27 juin 2017

Après 10 ans auprès des grands maîtres chinois, Fabienne Verdier entame une recherche artistique transdisciplinaire pour faire dialoguer musique et peinture. S’inventant des outils propres à traduire la dynamique des formes qu’elle recherche, l'artiste peint debout, sur de grandes toiles posées au sol. Elle poursuit cette recherche artistique avec de jeunes quatuors de l’Académie du Festival d’Aix lors d’une résidence du 4 au 15 juillet 2017. Voici la note d'intention de l'artiste qui révèle les grands traits de ce projet artistique à la croisée de la peinture et de la musique...

À l’invitation du Festival d’Aix-en-Provence et de son Académie, j’ai imaginé installer dans la Chapelle de la Visitation un atelier / laboratoire pour explorer de nouveaux territoires entre le jeu de la ligne sonore et de la ligne peinte.

L’objectif de ce projet qui se déroulera sur deux années (2017 et 2018) est d’être en mesure de proposer au public une nouvelle expérience immersive et vibratoire dans une installation à 360°. L’Académie du Festival  m’a proposé de travailler avec quatre quatuors à cordes parmi les plus talentueux de leur génération.

Le partage, désormais instantané, des connaissances et des émotions oblige l’individu à réagir et interagir dans une spontanéité et une complexité complètement nouvelles. Le peintre doit, à mon sens, non plus proposer une image fixe de la réalité, mais au contraire une séquence d’états successifs qui donnerait à voir pour chaque forme ou chaque situation qu’il transcrit sur la toile, à la fois l’écho d’un passé, l’élan d’un devenir ainsi que le séquençage des énergies et de leurs transformations. La musique est une architecture abstraite en mouvement où chaque élément varie et s’enchevêtre dans un mouvement continu, et où l’imprévu s’impose dans une composition mobile, sans cesse renouvelée, sans cesse rompue et refaite.
Avec ces jeunes quatuors, je vais tenter l’émergence d’un dialogue par la saisie fulgurante et concomitante de la matière sonore et picturale en explorant les territoires intérieurs de l’humain.

La première étape de cette aventure (été 2017) consistera en un laboratoire de recherche et de captation installé à Aix autour de dispositifs permettant d’étudier les formes possibles de synchronicité avec les quatre musiciens.

Dans cet atelier temporaire, je travaillerai sur des films polyester translucides. Des caméras disposées sous la surface de la table en verre enregistreront les lignes, les formes et les impacts qui naîtront de ces échanges avec les deux violonistes, l’altiste et le violoncelliste. Ils joueront côte à côte et face aux quatre écrans, disposés en arc de cercle, où se projetteront, en direct devant eux, les images filmées simultanément sous la table. Nous tenterons d’étudier ensemble comment les vibrations et les ondes des quatre cordes de chaque instrument parviennent tour à tour à dilater la perception de l’espace et à explorer de nouvelles temporalités.

À la suite de chaque prise nous superposerons et modèlerons informatiquement les formes ainsi captées pour recréer des tissages de lignes, de volumes et de sons qui, une fois projetées à 360°, permettront au visiteur (été 2018) de s’immerger dans un univers sonore et pictural où les repères traditionnels feront place à de nouveaux champs de perception.

Quatre œuvres seront au cœur de nos expérimentations :
- Lo que no’ contamo’ (quatuor à cordes n°2) composé par Ondřej Adámek en 2010
- Officium Breve (op.28) composé par György Kurtág en 1989
- Ainsi la nuit, pour quatuor à cordes, composé par Henri Dutilleux en 1971.
- Quatuor en ré mineur op. 76 n°2 composé par Joseph Haydn en 1797

Fabienne Verdier