— Au festival — Passerelles

Publiée le 15 avril 2015

DANS LES COULISSES DU MONSTRE #2

Philippe Franceschi dirige le choeur des adolescents du “Monstre du labyrinthe”
© Patrick Gherdoussi

Chef de chœur en charge de coordonner les chorales d’adolescents, Philippe Franceschi est pleinement investi dans le projet, qu’il aborde aussi côté adultes avec son ensemble Antequiem. À quelques jours du Festival Choral Académique, où il accompagne 200 collégiens qui chanteront pour la première fois quelques extraits du Monstre du labyrinthe, il évoque pour nous son travail avec les choristes…

Quelle est votre contribution au projet du Monstre du labyrinthe ?

Je fais travailler la partition au chœur des adolescents, que je réunis à la suite du travail de défrichage effectué avec leurs professeurs. Il faut savoir qu’il s’agit de la partie la plus difficile de l’œuvre : ma mission est donc de les accompagner et de les faire gagner en confiance, pour qu’ils soient prêts lorsque Simon Halsey, le chef de chœur principal, arrivera. Ce sera alors à lui de prendre le relais, de donner sa couleur à l’ensemble, mais pour cela il faut déjà que les jeunes soient à l’aise avec la musique ! Par ailleurs, je dirige aussi une chorale d’amateurs sur Aix [l’ensemble Antequiem, NDR], qui fera partie du chœur des adultes dans le spectacle.

Lorsque vous avez découvert la partition de Jonathan Dove, en décembre, quelle a été votre première réaction ?

Dans la pratique amateur, il faut avant tout bien connaître son instrument, avec ses forces et ses faiblesses – on sait alors comment jouer et s’adapter. En tant que chef de chœur d’un ensemble avec lequel je travaille depuis assez longtemps, j’ai donc d’abord lu la partition en fonction de ce que je savais de mes choristes. Tout de suite, je me suis dit : ça, c’est bien écrit pour eux, je vais pouvoir le leur transmettre sans problème. Il y a une grande force dans la mélodie, c’est une écriture qui passe très bien pour des amateurs. Pour les adolescents en revanche, je n’étais pas aussi confiant… D’abord, parce que je ne connaissais pas les jeunes que j’allais avoir en face de moi, avec leurs qualités, certes, mais aussi leurs difficultés que je ne pouvais pas forcément anticiper. Et aussi du fait de l’écriture particulièrement complexe de cette partie, en termes à la fois de tessiture et de rythme, avec des interventions très nombreuses et qui peuvent être aussi très courtes et très précises… on peut vraiment dire que Jonathan Dove a donné le premier rôle à ces adolescents. Il nous reste encore du chemin à parcourir, avec des motifs à deux voix assez complexes, mais dans l’ensemble je suis plutôt rassuré depuis que les répétitions ont commencé.

Cette partie du chœur des adolescents, c’est donc selon vous le principal défi du projet ?

C’est-à-dire qu’en plus des difficultés de l’écriture musicale, il y a aussi beaucoup d’éléments à maîtriser pour eux : chanter juste, articuler, garder le rythme, la bonne intonation – sans oublier l’intention, parce qu’il faut qu’ils chantent tout en ayant aussi à l’esprit leur jeu scénique… ça fait beaucoup, pour des novices. Beaucoup d’entre eux sont de vrais débutants, il n’y a d’ailleurs pas eu de recrutement sur leurs capacités vocales. Les jeunes qui participent le font vraiment en fonction de leur motivation, et s’ils sont là, c’est qu’ils se sont engagés, qu’ils ont envie d’assurer toutes les répétitions et d’être présents jusqu’au mois de juillet.

Comment ressentez-vous cette motivation au fil des répétitions ?

On a déjà eu deux grandes répétitions avec les adolescents du Monstre ; et en effet, on sent que la motivation reste très forte. Il y avait au départ plus de demandes que de places disponibles, mais avec les plus investis nous sommes maintenant arrivés au bon nombre. Ce n’est pas évident d’arriver à faire participer tous ces jeunes, sans que personne ne soit lésé, avec des niveaux parfois très différents face à une partition très difficile. Avec mon chœur d’adultes, c’était tout à fait autre chose : en un week-end et une séance de travail, ils étaient déjà entrés dans la partition et avaient une bonne maîtrise. Et puis nous avons déjà fait plusieurs mises en espace, et ils ont l’habitude de chanter par cœur…

Lors de la première grande répétition scénique, les 14 et 15 mars, comment s’est passé le passage du travail purement musical à la phase de la mise en scène ?

En plus d’être la première répétition avec la metteur en scène [Marie-Eve Signeyrole, NDR], c’était aussi la première rencontre de tous les adultes, qui jusqu’alors avaient toujours travaillé en entités séparées… cette fois-ci, la priorité était donnée à la mise en scène et à la rencontre entre Marie-Eve et les choristes, pour les faire entrer dans son univers. Nous nous sommes donc contentés de marquer les choses vocalement. En revanche, cette rencontre a suscité chez eux une vraie compréhension de la dramaturgie du spectacle, et une grande admiration pour le travail de mise en scène. Ils n’en revenaient pas de la clarté des consignes, de leur efficacité… si la motivation était déjà là avant, elle perdure et augmente à chaque répétition, malgré la montée en puissance des exigences et des contraintes.

Comment appréhendez-vous la prochaine répétition, où les chœurs adultes et adolescents seront réunis ?

J’aimerais que tous soient suffisamment sûrs d’eux et de leur partition. Cette fois-ci, ce ne sera pas moi mais Simon Halsey qui les dirigera tous ensemble, et comme toujours, on a envie d’apporter le plus bel instrument au chef à venir! Quant à savoir quel effet cela produira, tout ce monde sur un plateau… il faudra que la magie opère, mais pour ça on peut faire confiance au savoir-faire des uns et des autres.

Ce sera la première fois que vous serez face à un effectif choral aussi important ?

Oui ; et en même temps, ça reste des entités différentes : les ados, les adultes, les enfants… je ne vois donc pas un seul chœur, mais trois. J’ai hâte de voir Simon Halsey les diriger : je sens que cela va sans doute m’apprendre beaucoup de choses ! C’est une expérience musicale d’une grande ampleur, pour les choristes comme pour moi ; une très belle aventure, mais aussi un sacré pari…

> A voir : 2 minutes pour plonger dans l’atmosphère des répétitions

> L’album photo des répétitions